Bénin : Guèlèdè le masque à multiples facettes

Ce déguisement fait partie de la richesse culturelle du Bénin. Chez les ethnies nago du sud-est Bénin, ce masque est porté pour conjurer des mauvais sorts ou pour célébrer des moments heureux.

La culture béninoise est riche de plusieurs coutumes et danses, entre autres, la danse des masques Guèlèdè. Exécutée par les ethnies Nago et Yoruba, cette danse est dirigée au plus haut niveau par une femme appelée "Iya-Lashè". Le Gèlèdè est donc une société mixte dans laquelle la femme a un rôle important tant sur les grandes décisions que sur les menus détails.
 
Les femmes se placent en dessous des hommes dans la chaine dirigeante mais sont souvent en harmonie avec ces derniers. Le titre le plus élevé que porte la femme dans la hiérarchie de cette société est Iya-Lashè ; elle accompagne son égal mâle Babalashè en haut de la hiérarchie. Iya-Lashè a pour responsabilité de veiller sur les masques, afin que leur sortie ne soit pas négligée. Le port de ce déguisement est fait dans le but de protéger les danseurs contre les mauvais sorts qui pourraient leur être jetés au cours de la danse. Il est aussi question de faire régner l'ordre à l'intérieur de la communauté. « De ce fait la sélection des masques est fait en fonction de la circonstance», précise Balogoun Djima, enseignant et membre de la communauté Guèlèdè.
 
Masque Benin 2 d676f

 La beauté féminine

Ayant les traits d'une femme, symbole de la beauté, ces masques sont portés par des hommes dans un accoutrement particulier, de jour comme de nuit, soit pour des cérémonies de réjouissance, soit pour implorer les ancêtres afin de conjurer un mauvais sort. « Le masque sort pour résoudre les problèmes individuels, familiaux (stérilité, maladie, décès, malédictions...) ou d'ordre collectif comme les calamités naturelles. On peut aussi l'admirer lors des événements importants : mariages, intronisations. C'est un procédé d'exorcisme contre un sort dont les responsables seraient les femmes. Ce masque peut être sollicité par des femmes selon le besoin car, il a le pouvoir d'exaucer leurs demandes de procréation par exemple », explique précise Balogoun Djima.

Selon l'enseignant chercheur, la danse Guèlèdè est l'expression de la mauvaise conscience de l'homme vis-à-vis de la femme qui a vu son pouvoir réduire par l'homme dans la société. Ainsi, les cérémonies au cours desquelles ces masques se produisent ont pour but d'apaiser les femmes. Car, leur potentialité génitrice est perçue comme une force occulte régissant le mystère de la vie, domaine insondable pour les hommes. Les femmes détiennent alors le pouvoir d'équilibrer le jeu du bien et du mal, des forces positives et négatives, jouant finalement un rôle de régulation sociale.

Masque Benin 1 c3889


Une liaison entre le monde visible et le monde invisible

Les masques Guèlèdè, en bois léger polychrome, se portent avec le visage du danseur dissimulé sous des pans de l'accoutrement. Le sommet du masque portant les statuettes représente ainsi un ancêtre assurant la liaison entre les mondes visible et invisible. « Cette face rendue d'une manière assez conventionnelle, n'est pas exempte de vie. "La force vitale" qui anime l'ancêtre, est suggérée par une légère déviance de son axe de symétrie, ce procédé stylistique évite que la partie sculptée du masque ait le caractère figé d'un visage idéalisé. Mais cette volonté d'asymétrie engendre la recherche d'un nouvel équilibre interne, obtenu par l'agencement de la superstructure du masque et surtout par le rehaussement d'une oreille », reprécise l'enseignant Balogoun Djima.

 
Les superstructures, parfois très complexes, font appel à une série d'images, où l'artiste peut donner libre cours à son imagination, surtout lorsqu'il s'agit de masques masculins. Ces derniers sont en effet surmontés de figures empruntées à la vie quotidienne et ont généralement une connotation caricaturale ou ironique, alors que les masques féminins, couronnés de motifs zoomorphes (oiseaux, serpents...) ou, plus simplement d'une coiffure élaborée, font référence au sacré. Qu'il soit féminin ou masculin, le masque Guèlèdè conjugue le cultuel et le culturel pour célébrer la puissance et la beauté de la femme.