Dabakh : le Sénégal se souvient du 3ème calife des tijanes

Voici déjà vingt ans que Abdou Aziz Sy a disparu. Le Sénégal se souvient d'un soldat de la foi qui a marqué le pays.

L'un de ses surnoms, Dabakh, qui signifie la tanneur de la peau en arabe a été transformé par les Wolofs en "Da bakh" qui signifie "il est généreux". Sa générosité était véritablement légendaire. En vérité, Abdou Aziz Sy avait plusieurs autres appellations aussi: Serigne (marabout, guide spirituel), Cheikh (érudit, savant), Moulaye (une appellation affectueuse), Mame (grand-père).
 
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Ce troisième calife général des tidjanes est sans doute le plus connu et le plus aimé de sa lignée. Durant toute la période de son califat (1957-1997), il a contribué à l'unité entre confréries et au dialogue islamo-chrétien au Sénégal. Il fut arraché à l'affection des sénégalais et des disciples tijanes en septembre 1997. LaTijâniyya est une confrérie d'origine maghrébine, introduite au Sénégal par El Hadj Omar Tall. La tijâniyya qui regroupe aujourd'hui 50 % de la population du Sénégal s'est scindée en plusieurs familles représentant les différentes sensibilités à l'intérieur de ce vaste courant soufi. Contrairement aux idées reçues, cette confrérie est numériquement beaucoup plus répandue au Sénégal que le Mouridisme. Elle est simplement subdivisée en obédiences et "maisons". Ce qui constitue une certaine diversité des enseignements et des orientations initiatiques. Mame Abdou Aziz Sy en a dirigé la plus représentative.
 
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Érudit
Fils de El Hadj Malick Sy, figure tutélaire de la confrérie au Sénégal, et de Sokhna Safiétou Niang, Serigne Abdou Aziz Sy est né en 1904. Sa particularité, c'est qu'il eut la chance d'être éduqué par son père, ses grands frères et les Moukhadams (grands responsables de la confrérie) de son père. Pour parfaire son savoir, il se rend chez Serigne Hady Touré, un des compagnons de son père, El Hadj Malick Sy. Il fréquenta également plusieurs centres d'excellence, notamment l'université de Tivaoune, celui de Mbacoumé, dans le Cayor avant de partir à Saint-Louis alors qu'il avait 26 ans. Il y resta jusqu'en 1937 chez Serigne Birahim Diop. A l'image de son père, Serigne Abdou Aziz Sy a été à la Mecque avec son ami Lamine Gueye (premier président de l'assemblée nationale du Sénégal) en 1947. Sa réputation, il la tient de sa générosité et sa mission de contribuer à l'unité entre confréries et au dialogue islamo-chrétien. Dabakh possédait aussi plusieurs concessions agricoles, en particulier dans la région de Saint-Louis, dont l'exploitation était assurée par ses talibés (disciples).
 
Figure religieuse respectée
Il s'illustra non seulement par son érudition mais aussi par ses prêches, son engagement pour la cause islamique, ses nombreux écrits en arabe et une importante biographie de son père, El Hadj Malick Sy. En dirigeant les chœurs des talibés de son père, il se fait une popularité sans faille. Ainsi "Moulaye Dabakh" comme l'appelaient affectueusement les disciples, faisait autorité de par sa sagesse et sa culture.
 
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Il était aussi un républicain, un homme qui ne se taisait jamais quand sa société était en danger. Il a toujours demandé aux chefs religieux de tenir un langage de vérité à leurs disciples. Au pouvoir temporel, il a toujours rappelé que rien n'allait plus dans le pays en raison des hommes faux, corrompus et malhonnêtes exploitant honteusement les populations. Homme de paix, il n'hésitait pas à tancer les politiques et leur rappeler leur mission de servir la nation mais aussi intervenait dans les conflits politiques, sociaux comme économiques, exemple de la Casamance pour éviter le pire. Tous ont en mémoire les recommandations du saint homme, s'adressant aux députés, leur rappelant leur devoir à hémicycle pour le seul intérêt du bas peuple dans ce lieu de consultations, de dialogue et de prise de décisions concernant la vie et la marche du pays. Il rappelait souvent aux musulmans aussi leurs devoirs et dénonçait les maux de la société.
 
Durant son khalifat (1957-1997), il fit de nombreux voyages, notamment au Maroc, en Arabie saoudite, aux Etats-Unis, en France, en Mauritanie, suite aux nombreuses sollicitations qu'il reçut, en rapport avec la haute maîtrise qu'il avait du savoir islamique. Pacifique, humble, courtois et discret, Serigne Abdou a su tisser dans les pays arabes, notamment au Maroc et en Arabie Saoudite, un tissu relationnel très solide, avec un seul et unique objectif : consolider la Umma islamique.
 
Après avoir veillé 40 ans sur l'héritage et le temple de El Hadj Malick Sy, il est rappelé à Dieu en septembre 1997, coïncidant avec un brouillard qui a duré toute la journée alors que l'on était en période d'été. Ce que tout le monde voyait comme étant un signal fort sur la dimension extraordinaire de ce saint homme. Son neveu Serigne Mansour Sy "Borom Daraa Yi", aujourd'hui disparu lui aussi, lui avait succédé dans ses fonctions de Khalife général des Tijanes.