Le "Ventre arraché" ou le bouleversant témoignage d’une mère meurtrie

Le ventre arraché ou le témoignage d'une mère dont le fils a été assassiné. Le drame d'Echirolles a bouleversé la France en 2012. Elle en parle avec ses mots.

Aurélie Monkam Noubissi raconte avec ses mots le drame de la perte d'un fils. Le sentiment de chaque parent face au déferlement de violence qui ampute des familles entières de leurs progénitures. « Tata Aurelie, comment des mamans éduquent-elles leurs enfants pour qu'ils deviennent des assassins ? ». C'est la question d'une amie proche de l'auteur.

cmr note de lecture ventre arraché 2 ef770Aurélie Monkam Noubissi

Une question à laquelle, elle doit répondre. La même qui trotte certainement dans la tête de toutes les mamans, voire de tous les parents qui vivent le drame de la perte d'un enfant suite à un assassinat.

C'est certainement le cas des mamans de Kolofata, Amchidé, Fotokol, Mora qui vivent chaque jour le cauchemar des atrocités des attentats du Nord Cameroun. Celles de N'Djamena au Tchad, il y a quelques mois. Ou encore celles de la Centrafrique qui continuent de souffrir des exactions des rebelles, sans oublier les mamans des 276 jeunes filles enlevées à Chibok au Nigeria, qui subissent viols et mariages forcés.

Autant de situations macabres que sont obligées de vivre des mamans au quotidien du fait de la violence humaine. Que dirait-on des parents des soldats de l'armée camerounaise ou de toute autre armée du monde qui vivent la peur au ventre ? La peur de ne plus revoir l'enfant militaire qui fait face à l'horreur de ceux qui sèment la mort autour de nous.

Aurélie Monkam Noubissi témoigne certes, mais elle parle au nom de toutes ces mamans qui ont perdu le sommeil. « Vous êtes la maman de Kévin ? ... Votre fils est mort ». C'est par cette phrase, lapidaire qu'on lui a annoncé la mort de son fils. Combien de mamans ont entendu cette phrase ? L'auteur essaye de trouver des réponses. Elle cherche ce qui n'a pas fonctionné. Pourtant, son fils s'était converti à l'islam. Il croyait aux idéaux du Coran. Là où les autres accusent l'islamisme, elle accuse l'intolérance, l'activisme.

« Pourquoi nos parents qui n'avaient lu ni Freud, ni Françoise Dolto, ni Donald Woods Winnicoot, ni Thierry Brazelton, ne se sortaient pas si mal de l'éducation de leurs enfants ? s'interroge-t-elle.

« Désenfantée »

L'auteur voit une réponse dans la société traditionnelle qui, selon elle, a trouvé des solutions dans la transmission des fondamentaux irréductibles tels la politesse, le respect des aînés et de la famille. Aurelie Monkam Noubissi admet tout de même que cette société n'a pu prévoir la mort d'un enfant. « Cela est contre nature » indique-t-elle. « Nul n'a envisagé une telle situation.

Aucune langue n'a prévu un terme pour désigner un parent qui perd un enfant. Il existe des orphelins et des veufs ou des veuves parce que c'est ce qui tend vers la normalité. Elle va tout de même le créer, le mot pour se qualifier « désenfantée ».

cmr note de lecture ventre arraché 1 3d75d

Tout au long de la trame, l'auteur se bat contre le découragement, le vide, l'absurde. Face à cette perte injustifiée et au sentiment de révolte, le message est tout trouvé « la mort n'aura pas le dernier mot ». L'ouvrage est le récit de la douleur sans haine d'une mère qui souhaite que les choses changent et que plus jamais « cette fichue violence ne nous arrache à ceux qu'on aime ».

Le ventre arraché, c'est 187 pages d'une écriture légère et dramatique à la fois. Le livre est paru aux éditions Bayard en France en 2014. S'agissant de l'auteur, c'est une Camerounaise de 55 ans qui a perdu son fils de 21 ans lors de ce qui a été qualifié en France de drame d'Echirolles en 2012.

Son fils Kévin et son ami Sofiane ont été lynchés dans un parc par une bande de jeunes parmi lesquels trois mineurs. En cause l'intolérance. Cette intolérance qui continue de faire des morts aujourd'hui à travers des attentats terroristes aussi bien au Cameroun que partout ailleurs dans le monde.

La France vient encore de payer le tribut de cette intolérance avec les attentats du 13 novembre dernier qui ont fait plus de 129 morts, des jeunes pour la plupart, victimes et bourreaux.

« Le Ventre arraché ». Editions Bayard 2014