Lagos Fashion Week : la mode africaine

En sept ans, l'événement est devenu un rendez-vous incontournable du style vestimentaire sur le continent.

La Lagos Fashion Week impose à pas feutrés la beauté africaine dans l'agenda de la mode internationale. En sept ans, l'événement est devenu un rendez-vous incontournable du style vestimentaire sur le continent. Cette année, 49 créateurs comme Amede Nzeribe, donnent à voir la richesse de leur collection pour la saison prochaine. « J'ai présenté ma collection printemps/été 2018, dit-elle. Cette collection est en fait pour la femme qui veut recevoir des compliments. C'est plein de couleurs, vif et facile à porter. »
 
Sur les podiums, où les créateurs venus de toute l'Afrique présentent leur nouvelle collection, les robes sont transparentes, les mannequins ne portent pas de soutien-gorge, et les décolletés sont parfois si plongeant qu'ils tombent sous la poitrine. Impossible à imaginer dans l'Etat de Kaduna, d'où est originaire Ibrahim Aminu un jeune créateur. Dans cette région, où l'on applique la charia, la loi islamique, les femmes sont "pudiques", comme les décrit le designer. "Pudiques, ça veut dire qu'elles exercent leur beauté dans la limite qu'elles s'imposent", dit-il. "Chacun place ses limites selon sa culture, sa religion. Pour certaines femmes, c'est le short moulant, la jupe au-dessous des genoux, pour d'autres c'est se couvrir les bras". Il respecte au centimètre près les "limites" de la culture haoussa, ethnie du nord nigérian, mais balaie d'un revers de manche les critiques des imams rigoristes ou des donneurs de leçons religieuses. "L'islam n'interdit pas la beauté. Ce n'est pas contre l'islam d'être élégante et belle chez soi, ou en société."

House of Kaya a changé les habitudes.
Ibrahim Aminu a lancé sa ligne de vêtements, il y a huit ans, en dessinant une robe pour sa soeur. "En un clin d'oeil", les commandes ont afflué: House of Kaya est la seule maison de haute couture dans le Nord musulman conservateur du Nigeria. "Il y a 5 ans, on avait déjà 1.000 clients. Aujourd'hui, je ne les compte même plus", raconte son fondateur avec un flegme déconcertant pour ses 32 ans. Ibrahim Aminu n'en est pas à sa première Fashion and Design Week de Lagos, rendez-vous incontournable de la mode, qui est en train de détrôner, selon les experts, celle de Johannesburg en Afrique du Sud comme leader de tendances sur le continent.Le jeune homme vient d'ailleurs de faire son entrée dans la liste des dix designers les plus importants de l'événement selon la chaîne américaine CNN.

Reine de Jordanie
Au Nigeria, les hommes igbos, yoroubas et haoussas échangent volontiers leurs tenues traditionnelles. Ibrahim espère bien être le pionnier de cette nouvelle tendance chez les femmes. Il veut exporter aussi sa collection à Dubaï, en Arabie saoudite, en Europe. Des endroits qu'il a déjà connu en tant que fils d'ancien gouverneur du temps des régimes militaires. Il fait partie de la "haute", comme on dit. Celui qui rêvait, adolescent, d'être le plus jeune milliardaire du pays, souhaite désormais habiller la reine de Jordanie. Né à Kaduna, il a vu l'industrie textile, fleuron économique de cet Etat, s'effondrer. Les immenses usines n'ont pas survécu aux pénuries d'électricité et à la concurrence de Chine.
 
Créateurs, spectateurs et sponsors présents lors de la Fashion Week de Lagos s'accordent pendant une semaine pour défendre l'Afrique, comme le futur de la mode mondiale. Et même si le rendez-vous doit encore s'améliorer pour s'imposer au-delà du continent, le public apprécie déjà les efforts consentis. « Personne ne vient paresser, s'enthousiasme Temilade, un spectateur rencontré après un défilé. Ils sont tous prêts, prêts à tuer, prêts à impressionner et prêts à vous laisser une empreinte dans votre esprit. La semaine de la mode de Lagos est quelque chose à ne pas rater. »
 
La Lagos Fashion Week se tient chaque année en fin octobre et se propose d'exposer la richesse vestimentaire des Africains. Et c'est là son principal défi : une grande partie des collections présentées, et même le découpage des saisons, en printemps/été par exemple, dénotent d'une tendance à reproduire les canons de la mode occidentale.