RDC: des faux billets en circulation

Même si la Banque centrale du Congo prétend s’en être rendu compte après, le mal est fait. Les Congolais subissent les conséquences de la circulation de faux billets.

De faux billets de 5.000, 10.000 et 20.000 francs congolais (Fc) ont été injectés dans le circuit économique. Les ménages, les entreprises et autres agents économiques en paient les conséquences. Et la confiance en la monnaie vole en éclats. Il s'agit d'un crime économique, le procureur général de la République devrait s'en saisir d'office et poursuivre les coupables.
 
rdc faux billets 53dfd
 
C'est bien plus tard, après que les faux billets se soient répandus dans l'économie que la Banque centrale du Congo (BCC) a lancé un communiqué, comme pour se dédouaner de ses responsabilités. Autorité monétaire de la République démocratique du Congo, la BCC a une responsabilité pénale dans cette affaire.
 
Des sources renseignent que les faux billets sont directement sortis des guichets de l'Institut d'émission. C'est bien plus tard que l'alerte a été donnée par des banques commerciales. Mais, le forfait était déjà commis. Les faux billets de banque ont été introduits dans tous les circuits de la vie économique, sans que la Banque centrale – par complicité ou par naïveté - ne s'en rende compte.
 
Curieusement, là où les faits infractionnels sont clairement établis, le procureur général de la République (PGR) brille par un silence incompréhensible.
 
Où est passé le PGR ?
 
Au cabinet du PGR, on ne s'active pas. Or, les dégâts sur l'économie sont, à ce jour, incalculables, selon les statistiques monétaires les plus récentes.
 
Dans ce réseau qui part de la Banque centrale du Congo, il y a plusieurs intermédiaires, dont certains se recrutent dans les rangs des banques commerciales et autres maisons de change. Et ces réseaux, indiquent des sources proches très au fait du dossier, étendent leurs tentacules jusqu'à l'intérieur du pays.
 
Le cabinet du PGR devrait traquer ces criminels économiques qui agissent à l'échelle nationale. Car, si à Kinshasa le public a été alerté par la circulation des faux billets, ce n'est pas le cas à l'intérieur du pays où se sont réfugiés les ténors du trafic de faux billets.
 
Pour le PGR, il s'agit de parer au plus pressé, avant que le maigre pouvoir d'achat de la population soit terriblement rongé. Mais, le plus gros dégât qu'on inflige à l'économie, laquelle peine à se relancer, est la perte de confiance en la monnaie nationale. Avec la longue période de stabilité du cadre macroéconomique, le public avait repris timidement sa confiance au franc congolais. L'on craint que cette confiance ne s'effondre. Car, remonter la pente ne sera chose facile pour l'autorité morale.
 
Il y a urgence de diligenter une enquête en impliquant à la fois les services du PGR et ceux du parquet judiciaire qui dispose d'une cellule de répression des crimes économiques. Le point de départ pour élucider cette énigme devrait être incontestablement la Banque centrale du Congo.
 
Sur ce point précis, dans un tweet qui a suscité des commentaires en série sur les réseaux sociaux, le sénateur Modeste Mutinga s'est interrogé en ces termes : « faux billets de banque : un coup à une économie déjà chancelante : Qui sont les contrefacteurs présumés ? Silence complice du gouvernement ? ». Il n'a pas tort.
 
C'est dire que les préjudices subis par l'économie congolaise sont telles que le Parlement, qui reprend le 15 mars le chemin de l'hémicycle, doit également se saisir du dossier. Il s'agit pour les deux Chambres du Parlement de sauver l'épargne nationale en très grave perdition.
 
Masangu à la manœuvre
 
Des sources dignes de foi annoncent que le chef de l'Etat, Joseph Kabila, a instruit les services de la présidence pour tirer au clair cette affaire. A cet effet, sur instruction du président de la République, une équipe d'experts travaillent à la BCC pour comprendre les dessous de cette épopée. A la tête de ces experts qui répondent directement du chef de l'Etat, on annonce la présence de Jean-Claude Masangu Mulongo, ancien gouverneur de la BCC entre 1997 et 2013.
 
Après avoir passé 16 ans à la tête de l'Institut d'émission, record jamais égalé, Masangu est un fin connaisseur des rouages de la BCC. C'est donc à lui que le chef de l'Etat s'est référé pour faire toute la lumière sur la circulation de faux billets de 5.000, 10.000 et 20.000 Fc sortis des tiroirs de la BCC.