Intégration régionale: la Cemac proche du but

Plus que quelques mois pour que la libre circulation des personnes et des biens devienne effective dans la CEMAC. Si tout le monde joue le jeu jusqu'au bout.

Voir les personnes et les biens circuler librement entre le Cameroun, le Gabon, le Tchad, la Guinée équatoriale, le Congo et la Centrafrique, cela fait plusieurs années que les six Etats membres qui composent la Communauté économique et monétaire d'Afrique Centrale (Cemac) en rêvent.
 
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Après un faux départ dans les années 90, puis un second au début des années 2000 ponctué par des réticences liées à la peur d'envahissement démographique, la spoliation économique et la perversion sociale associée à la délinquance d'origine étrangère, les Etats membres veulent s'accorder une chance d'expérimenter cette voie de développement inclusive. Et 23 ans après la pratique théorique du dossier, l'heure parait plus que jamais à la pratique.
 
Pour Gilbert Ondongo, le président du comité de pilotage du programme des réformes économiques et financières de la Cemac, il n'est plus question de tergiverser sur le processus. Pour contraindre les Etats « rebelles » que sont le Gabon et la Guinée équatoriale qui émettent principalement des réserves sur l'avenir de leur territoire, ce dernier a « recommandé à la Commission de la Cemac de réfléchir sur la nature et les modalités d'application de sanctions à infliger aux Etats membres ne se conformant pas à la décision des chefs d'Etats ». A chaque Etats membres de prendre ses responsabilités et dispositions.
 
Volteface du Gabon
 
Au Gabon, la recommandation des sanctions a été bien entendue. A l'issu de la position du président du comité de pilotage du programme des réformes économiques et financières de la Cemac, les autorités ont annoncé, lors du conseil des ministres du 12 octobre dernier leur volonté de respecter « l'engagement pris par (le) pays pour la libre circulation des personnes et des biens approuvée par les instances de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC). » Une décision qui traduit particulièrement la volonté des autorités d'attirer d'avantage des investisseurs (IDE) et qui devrait se faire dans le sens de l'immigration de qualité, car malgré ce pas en avant, le pays ne semble pas apte à accueillir n'importe qui.
 
La décision bien qu'encore substantielle rejoint celle formulée en août dernier par le Tchad qui annonçait pour janvier, l'ouverture de ses frontières à « tout ressortissant de l'un des Etats membres, Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon et Guinée équatoriale, détenteur d'une pièce d'identité sécurisée (passeport ou carte d'identité) en cours de validité (...et non) soumis à l'obligation de visa d'entrée ou d'autorisation de sortie pour tout séjour ne dépassant pas trois mois. »
 
Désormais la Guinée Equatoriale qui partageait les mêmes craintes que le Gabon se retrouve donc seule et dos au mur. Comment réagira-t-elle ?
 
Développement économique embryonnaire
 
Les sanctions prévues dans le cadre du non-respect de cette politique qui permettent de converger vers son effectivité donnent en soi une garantie d'aboutissement, mais ne dissipent malheureusement pas les tares que traine cette région d'Afrique depuis plusieurs années. La faiblesse d'infrastructures de transport, les conflits de leadership et le niveau bas des échanges commerciaux entre les Etats membres montrent que le chantier est tout aussi important qu'immense. En plein 21e siècle alors que d'autres régions d'Afrique et du monde ont dissipé cette question il y a fort longtemps et jouissent aujourd'hui des fruits de leurs efforts, l'intégration économique en région Cemac se présente encore comme une utopie et cherche ses repères.
 
Les pratiques protectionnistes perdurent et jouent en défaveur des échanges commerciaux qui entre 2000 et 2007 représentaient seulement entre 0,5 % et 1 % du commerce total des Etats membres là où, la Cedeao ou encore la Comesa réalisaient des échanges intracommunautaires de près de 22 %.
 
Faiblesses
 
L'ampleur des défis à relever dans le secteur des transports pour rendre les échanges commerciaux plus fluides explique ces chiffres par l'augmentation considérable des coûts du transport des biens et des services.
 
Par exemple, expliquait l'ancien président de la BDEAC, Anicet Georges Dologuélé « le transport de marchandises entre Douala et N'Djamena coûte six fois plus cher qu'entre Shanghai, en Chine, et le port de Douala. Il dure également deux fois plus longtemps: soixante jours, contre trente jours. »
 
Additionné à cette réalité, l'absence d'une voie ferré relient les pays membres comme c'est le cas dans d'autres régions. Cet ensemble des tares justifie le retard accumulé dans le développement de cette zone et la faiblesse de sa croissance économique évaluée en 2009 à seulement 1,5 % du PIB réel. L'effectivité de cette intégration si elle parvient permettra-t-elle de faire face à ces faiblesses ?