Niger/CEDEAO : en route pour la monnaie unique ?

Une réunion a été organisée à Niamey pour accélérer le processus de mise en place d'une monnaie unique de la CEDEAO. Les résultats restent mitigés.

Un tableau peu reluisant du processus de création de la monnaie unique dans l'espace CEDEAO a été dressé à Niamey par le président de la commission de la CEDEAO, Marcel Alain De Souza, à l'occasion de la réunion des chefs d'état chargés de superviser le processus devant conduire à la création d'une monnaie unique dans l'espace communautaire. Aux côtés du président Nigérien Issoufou Mahamadou se sont joints les présidents Ivoirien, Alassane Ouattara, le Ghanéen Nana Akufo Addo, le Nigérian Mohamdou Bohari et le Togolais Faure Essozimna Gnasimbe. « L'avènement de cette monnaie unique va fluidifier les échanges intra-zones qui viendront conforter l'intégration économique et faire naitre l'Union économique et monétaire de la CEDEAO », a explique Marcel A. De Souza. « La mise en place d'une union monétaire est à la fois une décision économique et politique », renchérit le président nigérien, Issoufou Mahamadou, président de la Task Force de la CEDEAO chargée de la mise en place de la monnaie unique.
 
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Il faut dire que la question de mise en place d'une monnaie unique dans l'espace CEDEAO ne date pas d'aujourd'hui. « La volonté d'avoir une monnaie unique de la CEDEAO a été prise en 1987 », a rappelé le président ivoirien Alassane D. Ouattara. Pour ce faire, les chefs d'état de la CEDEAO se sont engagés à atteindre l'objectif d'une monnaie unique en 2020.

Une monnaie unique tant annoncée, mais jamais réalisée
Trente ans après, le processus piétine. En effet, plusieurs fois annoncée l'avènement d'une monnaie unique tarde à se concrétiser. Une situation qui appelle les responsables à aborder surtout la question de l'échéance avec réalisme et responsabilité. « Les remises en question répétitives des dates de l'avènement de notre monnaie unique, même si elles se justifient peuvent développer une lassitude et installer un scepticisme dans l'esprit de nos concitoyens », a fait remarquer le président Issoufou Mahamadou.
 
En outre, la feuille de route pour la mise en œuvre de la monnaie unique de la CEDEAO adoptée en 2009 et révisée en 2015 n'est pas encore au rendez-vous. Les différents objectifs qui lui ont été assignés, notamment l'harmonisation des politiques monétaires en ce qui concerne le taux de change « n'ont pas été atteints à ce jour », a souligné Marcel Alain De Souza, qui s'est demandé si la monnaie unique peut voir le jour en 2020

Un semblant d'optimisme
« Si nous avons pris l'objectif de 2020, cela ne veut pas dire que cet objectif sera atteint en 2020, mais nous pouvons faire des progrès et les évaluer en 2019 », a expliqué le président ivoirien. « Il sera évalué en 2019, s'il est possible d'avoir la monnaie unique de la CEDEAO en 2020, au cas contraire il sera demandé des années de plus », a-t-il ajouté. « Il est possible d'envisager, suivant une approche gradualiste, la création formelle par les Etats qui sont techniquement prêts en terme de convergence macroéconomique, d'une monnaie unique qui pourrait circuler comme une unité de compte à partir de 2020, dans un système de compensation dont la mise en œuvre pourrait provenir d'une harmonisation des systèmes de paiements », a expliqué le président Nigérien Issoufou Mahamadou.
 
Pour ce faire,les états membres se sont engagés à poursuivre les réformes structurelles engagées pour « s'affranchir des fluctuations des cours des matières premières et permettre à leurs économies d'être plus résilientes faces aux chocs exogènes ». En outre, la Task Force a exhorté les états à prendre les mesures nécessaires qui permettraient de réaliser les objectifs de création de la monnaie unique de la CEDEAO à l'horizon 2020, notamment le respect des critères de convergence. En somme, les enjeux d'une monnaie unique dans l'espace CEDEAO sont importants mais les défis sont multiples et redoutables.