Togo: retrait de fréquences à deux  médias

La  Chaîne du Futur et la radio  City Fm du Groupe Sud Média ne vont plus émettre. Leurs fréquences ont été retirées par  l'autorité de la communication.

Le personnel de Lcf ( La Chaîne du Futur) et de City Fm géré par le groupe Sud Média est dans la tourmente. Depuis lundi dernier, les fréquences des deux médias sont retirées par la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication - Haac. L'institution dirigée par Pitang Tchalla reproche à la chaîne de télévision Lcf et à la radio City Fm, l'existence illégale.

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La Haac estime que, Lcf et City Fm au départ n'ont "obtenu aucune autorisation régulière d'installation et d'exploitation auprès de la Haac".

Et les décisions N° 001/HAAC/17/P et N° 002/HAAC/17/P portant retrait de fréquences ont été notifiées à la direction des médias incriminés lundi dernier aux environs de 19H.
Le retrait intervient dix ans après la création de Lcf et de City Fm.

"La HAAC ne dispose pas de dossier LCF et City FM. Ce n'est pas une sanction. Nous disons allez refaire un dossier et on va voir. On ne peut pas continuer à cautionner parce que ça fait longtemps", fait savoir le président de la Haac, Pitang Tchalla.

M Pitang reste cependant imperturbable. Il est décidé à faire appliquer la loi dans toute sa forme en s'appuyant sur les textes réglementaires. Plusieurs autres médias sont aussi frappés et verront aussi leur fréquence retirée.

Traçabilité

"Les textes sont là, on les applique ou on ne les applique pas. Nous nous sommes décidés à les appliquer, à commencer à les appliquer", avait-il laissé entendre au cours d'une conférence de presse la semaine dernière.

Sur l'existence illégale de Lcf et de City Fm, le directeur des deux structures, Luc Abaki rejette les accusation de la HAAC. Les procédures de d'enregistrement des deux médias ont bien été faites avant l'octroi des fréquences.

"Nous ne sommes pas surpris parce que lorsqu'ils ont soulevé le débat, nous avons prouvé qu'en 2007, nous avions respecté toute la procédure réglementaire avant d'avoir les fréquences avec lesquelles nous avons travaillé pendant neuf ans. Que la Haac nous dise que nous n'avons pas de dossier à son niveau, c'est quand même une curiosité.", soutient-il.

M Abaki qui promet recourir à la voix judiciaire, brandit même les papiers ayant servi au groupe Sud Média, et transmis à la Haac, il n' y a pas longtemps.

"Je crois que les institutions travaillent avec des documents et des papiers. Lorsque je retrouve dans mes archives, les reçus d'achat de dossiers d'appels d'offre, des reçus de l'ARTP qui accuse réception des dossiers, un courrier de la HAAC daté du 07 mai 2007 adressé à l'ARTP demandant des fréquences, une lettre de l'ART&P qui assigne des fréquences de la HAAC, je me dis qu'il y a traçabilité du dossier, qu'il y a eu dossier", indique M Abaki.

Sur ce point, M Abaki et Pitang ne sont pas sur la même longueur d'ondes. Pour M Pitang, il n'y a pas débat. Car, dit-il, à plusieurs reprises, la Haac a relancé les responsables de ces deux chaînes pour régulariser leur situation, mais en vain.

Voix dissonantes

Revenant sur les procédures de fermeture des deux médias incriminés, un membre de la Haac, Zeus Aziadouvo, président de la commission presse écrite s'est désolidarisé des démarches de l'institution pour laquelle, il travaille. Il a écrit une lettre pour saisir la Cour Suprême formulant une requête à son président.

"... J'en appelle à votre sagesse afin que vous nous aidiez à traduire effectivement dans les faits les engagements que nous avons pris en prêtant serment devant votre haute juridiction. Notre pays qui s'est engagé dans une nouvelle dynamique et qui fait face à plusieurs défis, n'a pas besoin en ce moment de ce coup de force".

Réactions

L'annonce de retrait des fréquences de Lcf et Cuty Fm fait bouger des associations de presse au Togo et ailleurs. L'Observatoire Togolais des Médias (OTM), le Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP) et l'Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT) sont montés au créneau.

Les trois organisations fustigent la décision de la Haac et estiment qu'il s'agit d'une atteinte à la pluralité, ainsi qu'à la diversité du paysage médiatique togolais. Elles invitent la HAAC à revoir sa copie.

Le Syndicat des journalistes indépendant du Togo (SYNJIT) de son côté, appelle à la réouverture immédiate de LCF et City FM

En retirant les fréquences des deux médias, le Synjit rappelle que, M. Pitang Tchalla met des "journalistes en chômage et porte ainsi atteinte à leurs droits économiques, précarisant un peu plus leur quotidien déjà difficile"

Lors du dernier Examen périodique universel (EPU) en octobre 2016, le Togo a rejeté la plupart des recommandations visant à protéger et à promouvoir la liberté d'expression, en particulier celles demandant la dépénalisation de la diffamation et de l'outrage au chef de l'Etat et aux personnalités publiques.

L'on se rappelle qu'en 2013, la HAAC a fermé plusieurs médias, dont la radio Légende FM, au motif qu'elle diffusait de fausses informations dans le contexte des élections législatives.

Crée en 2007, le groupe Sud Média appartient à l'ex ministre de l'Administration territoriale, Pascal Bodjona. Il fut l aussi directeur de cabinet de Faure Gnassingbé. M Bodjona,est depuis tombé en disgrâce dans une affaire dite d'escroquerie internationale.

Le Groupe Sud Média gère "City Fm" et la télévision LCF avec à ce jour, 70 personnes. LCF est la toute première chaîne togolaise présente sur le satellite.