Affaires : liquidation de Sénégal Airlines

Le tribunal de Grande instance de Dakar a ordonné la liquidation des biens de Sénégal Airlines. Une nouvelle compagnie, Air Sénégal S.A. va reprendre ses activités.

La jeune compagnie aérienne, Sénégal Airlines, née au lendemain de la liquidation en 2009 de Air Sénégal International, fruit d'un partenariat maroco-sénégalais, a franchi un niveau d'endettement insupportable. Factures faramineuses de ses contrats leasing impayées contractées auprès des loueurs privés, récurrentes pannes de ses appareils immobilisés, personnel navigant sous-motivé, partenaires stratégiques et techniques presque introuvables, plan de recapitalisation gelé, Sénégal Airlines vivait ses derniers jours.
 
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Asphyxie financière
Depuis le démarrage de ses activités, la compagnie aérienne sénégalaise affichait de mauvais résultats. A ce jour, elle croule sous le poids d'un endettement cumulé estimé à plus de 65 milliards de francs CFA (100 millions d'euros). C'est ainsi qu'un pool de banques locales avait été approché par les autorités sénégalaises pour perfuser la compagnie sous forme d'un crédit syndiqué. Sans succès.
 
Les raisons du refus des banques privées de mettre la main à la poche s'expliquent par la non-rentabilité financière de la compagnie désagrégée par la facture salée de ses contrats leasing auprès des compagnies loueurs. À cela s'ajoutent les intermittentes pannes de ses deux appareils immobilisés sur le tarmac, provoquant des chamboulements de son planning de vols sur les lignes Dakar-Bamako-Ouagadougou-Niamey. La compagnie a fini par ne plus attirer personne, perdant de sa crédibilité.
 
Répercussions multiples
Le rétablissement d'une compagnie aérienne nationale s'inscrivait plus largement dans un plan gouvernemental baptisé Plan Sénégal Emergent (PSE), visant à mettre en place de nouvelles politiques économiques et sociales à moyen et long terme, afin de redynamiser la croissance économique du pays et d'améliorer la qualité de vie de ses habitants. Les autorités sénégalaises ambitionnaient de faire de Dakar le premier hub aérien régional. Elles comptaient, avec Sénégal Airlines, jouer un rôle prépondérant dans l'intégration régionale. Pari raté. Sans compter leur intérêt pour l'assistance au sol, au catering et à la maintenance, grâce à des filiales à être créées à cet effet.
 
Les travailleurs de la désormais défunte compagnie, eux, entrevoient le bout du tunnel pour le coordonnateur des délégués des travailleurs de Sénégal Airlines, Moustapha Diakhaté. " Notre dernier salaire remonte au 31 mars 2016. Nous avons beaucoup souffert. Même durant ladite période, nous avons reçu en deux Tabaski et une Korité, des avances. Toutefois, ça ne suffit pas, compte tenu du taux d'endettement très élevé du personnel de cette entreprise." Pour le délégué, cette liquidation permettra aux 162 travailleurs "d'avoir leurs certificats de travail, de calculer leurs droits et de les recevoir parce que c'est des dus". Mieux, indique M. Diakhaté, "ça permettra une large ouverture vers un avenir serein".
 
L'échec de Sénégal Airlines pose aussi la problématique des flottes nationales en Afrique de l'ouest en général. Pour des raisons de prestige, nonobstant les difficultés du marché, chacun de ses micro-Etats souhaite posséder son pavillon national. Or, la fragilité de leurs économies ne permet pas de supporter les coûts d'exploitation qui sont très élevés comparativement aux moyennes mondiales. Le carburant est 20 à 25 % plus cher ; le leasing et les assurances sont plus importants du fait que les loueurs et les assureurs considèrent que le risque est plus élevé dans ce continent. Beaucoup de ces compagnies n'atteignent pas la taille critique convenable pour être rentables. Ainsi, le poids du capital investi et la faiblesse des marges bénéficiaires conduisent vraisemblablement au surendettement, voire à la faillite. Ce sont donc autant de facteurs qui, associés à des modes de gestion dont les choix stratégiques sont parfois discutables, plombent la rentabilité des compagnies aériennes.