Gabon : instauration d'une redevance audiovisuelle et cinéma

La mise en place de la « taxe » audiovisuelle et cinématographique bouleverse le secteur gabonais de l'audiovisuel depuis le début de cette année

La libéralisation du secteur de l'audiovisuelle et cinématographique a ouvert au Gabon, la voie à une concurrence sans précèdent qui affecte l'audience des chaînes de télévisions publiques. Souvent critiquées pour la qualité de leurs programmes, ces chaînes, à l'exemple de Gabon Télévision, paient le prix fort de cette concurrence. En comparaison des chaînes étrangères, leurs programmes sont mis à rude épreuve et elles sont souvent accusées de « travailler au service du Parti Démocratique Gabonais (PDG) », parti au pouvoir, en raison de leurs penchants pour les activités de ce parti. La redevance audiovisuelle et cinématographique (RAC) se présente comme une solution à cette perte de lucidité médiatique pour établir la confiance entre ces chaînes et les consommateurs des contenus audiovisuels.
 
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La RAC
Pour casser cette tendance et permettre à des médias tels que Gabon TV ou l'Institut gabonais de l'image et du son (Igis) de financer leurs services, la Redevance audiovisuelle (RAC) a été instaurée dans la précédente loi des finances. En effet, « cette redevance a été mise en place pour répondre aux besoins en termes de mise à niveau des équipements, de contenus, de formation des personnels et d'achat des programmes », avait expliqué le ministre de la communication, Alain-Claude Bilie-By-Nze à titre de justificatif.
 
En vigueur depuis le 1er janvier chez Canal+, les fonds collectés vont compléter les 300 millions de francs CFA de subvention allouée chaque année à la télévision publique. Elle sera prélevée à hauteur de 500 francs CFA chaque mois auprès des abonnés de distributeurs et opérateurs de service de communication audiovisuelle comme Satcon ou TNT Africa. Environ 1,6 milliards de francs CFA seront collectés par an et l'ensemble des opérateurs aussi bien des médias classiques que numériques comme Gabonreview.com, Gaboneco.com, Gabonews et bien d'autres seront mis à contribution.
 
Vice de forme ?
Suivant les projections du gouvernement, cette redevance devrait augmenter en 2019 en fonction de l'abonnement auprès des opérateurs. Mais au Gabon, son implémentation, alors que le secteur de la communication souffre de plusieurs maux, pose problème malgré la promesse de « qualité » que veut cette nouvelle loi. « La télévision publique gabonaise n'est pas à niveau » et cette carence irrite nombre de consommateurs qui s'interrogent sur l'utilité d'une telle redevance. De plus, malgré la promesse d'amélioration, certains consommateurs mis à contribution dans le financement de services de chaînes publiques et autres ne sont pas pour autant rassurer que la situation change vraiment, connaissant le mode gouvernance au Gabon. A cela s'ajoute, la probabilité de détournement des fonds versés malgré l'annonce de la création d'un compte d'affectation spécial (CAS) à la Caisse de dépôts et consignations (CDC) et l'implication de la direction générale de l'impôt pour gérer les fonds collectés.
 
Carences perspectibles
Les carences perspectibles dans le secteur ne sont pas en reste des préoccupations des consommateurs et montrent que le prélèvement d'une telle redevance est trop précipité. En effet, contrairement à d'autres endroits, où l'environnement audiovisuel jouit d'une concurrence pure et parfaite avec un marché de la publicité ouvert à tous les opérateurs, au Gabon, les entreprises médiatiques, éditeurs et autres maisons de production cinématographiques doivent remuer ciel et terre pour avoir une part du gâteau publicitaire et ce n'est pas toujours chose facile. Certains travaillent avec les moyens du bord, dans un environnement cloisonné et un marché très précaire et peu ouvert au plus grand nombre. Ce qui pose un véritable problème de rentabilisation une fois l'investissement engagé. A cela, s'ajoute le fait que très peu de téléspectateurs ont une estime pour les programmes des chaînes publiques. Ce qui les amène à se poser la question sur la nécessité de payer une redevance pour le bien être d'un média peu ou presque pas suivi.