Le désenchantement de la jeunesse tunisienne

En 2011, les jeunes Tunisiens se révoltaient contre la dictature. Aujourd’hui, ils déchantent et ne croient plus aux politiques.

Malgré l'ampleur de leur participation aux élections de 2011, les jeunes Tunisiens ont dernièrement battu des records d'abstention. 75% ont boycotté le premier tour de la présidentielle. Une abstention qui explique en grande partie par la faiblesse de l'intérêt des jeunes pour cette élection. En effet, ni les leaders politiques ni leurs programmes n'ont réussi à susciter suffisamment de confiance ou d'intérêt pour déterminer leur vote.
 
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Ahmed qui préfère garder l'anonymat, compte parmi les nombreux Tunisiens qui ne cachent pas leur mécontentement de la classe politique issue de la révolution. « Je ne donnerai ma voix à aucun candidat, je suis très déçu des politiciens, de leur hypocrisie et de leur opportunisme ». Pourquoi s'est révoltée la jeunesse en 2011 ? se demande notre interlocuteur ? « C'est parce qu'elle ne supportait plus d'être marginalisée. Aujourd'hui, rien n'a changé. La jeunesse est délaissée au second plan ! »
 
Mohamed Ben Romdhane, 25 ans, est également mécontent. Ce jeune banquier est convaincu que les élections ne changeront rien à la situation du pays. La solution réside dans l'émigration. « La Tunisie est devenue invivable » conclut-il. A quoi est due cette situation ? La question a été posée à une jeune étudiante en sociologie, en train d'élaborer un mémoire de fin d'études sur l'abstention des jeunes aux élections législatives et présidentielles. Amel Oueslati affirme que la situation difficile que vit le pays et la détérioration de la situation sociale en sont les causes.

La période transitoire perdure. « Les conditions de sécurité et le terrorisme qui s'est infiltré au sein des jeunes du pays », Amel Oueslati cite un militant des droits de l'Homme interviewé par la chaîne française, TV5 Monde, qui affirmait que 5000 jeunes Tunisiens âgés entre 14 et 30 ans sont partis faire le jihad en Syrie. Tous ces facteurs ont conduit au désintéressement et à l'absence des jeunes dans les grandes manifestations politiques. Autre facteur non négligeable : la perte de confiance dans les deux candidats, selon notre jeune sociologue, ce facteur est due à la similarité de leurs discours et aussi à la l'invisibilité de leurs programmes électoraux.

Boycot
 
Vont-ils encore boycotter les urnes ? La jeunesse tunisienne qui s'est mobilisée dans la rue, et sur les réseaux sociaux pour déloger le dictateur, va-t-elle encore laisser échapper ce rendez-vous historique ? Pour Kaies Said , professeur en droit constitutionnel , le taux de participation n'a pas cessé de régresser d'un rendez-vous électoral à un autre.

Les jeunes ont abandonné les partis politiques car ils sont convaincus que leurs discours n'apportent pas une réelle position à leurs problèmes. Kais Said affirme que ce taux de participation ne connaitra pas une évolution lors du second tour des élections présidentielles, étant donné qu'ils n'attendent plus rien des partis politiques.
Cela n'empêche pas le fait que les jeunes se sentent plutôt concernés par les problématiques économiques et sociales. Ils ont un taux d'engagement appréciable dans les associations civiles. Ce, selon les résultats d'une étude réalisée par l'association "I Watch". Cette dernière a démontré que seuls 5% des jeunes militent au sein de partis politiques" alors que 66% des jeunes interviewés n'ont pas la moindre idée de la nouvelle loi électorale et 79% ignorent le concept de la démocratie participative.

Le sondage réalisé par l'association I Watch a dévoilé que 52% des interrogés suivent de près les actualités politiques, mais que seulement 10% sont capables de donner une définition à la démocratie participative. Ce chiffre illustre clairement le désistement des jeunes à s'adonner à l'activité politique et cela ne signifie cependant pas l'ignorance des jeunes de la scène politique ainsi que de ceux qui la composent.