Mali: report du référendum suite à la pression de la rue

Le référendum constitutionnel, prévu le 9 juillet, à été reporté à une
date ultérieure. La décision a été prise en conseil des ministres.

Face à la forte mobilisation des partis politiques d'opposition et d'une frange importante de la société civile contre le projet de révision constitutionnelle, le gouvernement malien a reculé. Il a ainsi décidé en Conseil des ministres du mercredi 21 juin de reporter le référendum à une date indéterminée.
 
Mali IBK Fotor 5f383

La raison du report ? Le gouvernement évoque la saisine de la Cour constitutionnelle par le ministre des Droits de l'Homme et de la Réforme de l'Etat aux fins de contrôle de constitutionnalité de la loi n°2017-31/AN-RM du 02 juin 2017 portant révision de la Constitution du 25 février 1992.

Il faut rappeler que depuis son adoption le 3 juin, la loi provoque un tollé au sein de la classe politique et de la société civile. Les partisans du non, réunis au sein de la Plateforme « Antè, A bana » (Nous refusons, point final ! en français), ont alors organisé une marche pacifique le 17 juin pour exprimer leur opposition au projet. Au regard de la forte mobilisation, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, IBK, a aussitôt entamé de larges concertations avec l'ensemble des forces vives de la nation, ainsi que les représentants du corps
diplomatique accrédités au Mali.

Au cours des concertations, le chef de l'Etat, plutôt en colère, a affirmé avoir pris acte de la volonté des opposants, tout en exprimant sa détermination à poursuivre le projet de révision de la constitution qu'il dit avoir entrepris dans l'intérêt supérieur de la nation. Suite à ces séances d'écoute, le gouvernement a décidé de reporter le référendum initialement prévu le 9 juillet prochain.

Qui-vive

Ce recule du gouvernement ne fait toutefois pas plier les partisans du non qui restent toujours sur le qui-vive. « Nous pouvons comprendre que le président soit en colère, mais ce que nous ne pouvons pas comprendre est que le chef de l'Etat ne puisse pas maîtriser sa colère. C'est un mouvement qui est enclenché, s'ils sont en ordre de bataille; nous, nous sommes en ordre de marche», commente Sy Kadiatou Sow, porte-parole de la Plateforme « Antè, A bana » et ancienne ministre.

Et Kadiatou Sow de poursuivre: « s'ils reportent la tenue du référendum afin de reculer pour mieux sauter, nous allons sauter plus loin qu'eux. On souhaite que le président nous écoute, nous ne voulons pas qu'une autre crise s'ajoute à celle que notre pays connait ». En tout cas, les membres de la Plateforme affirment que leur mobilisation ne faiblira pas jusqu'à ce que le contexte du référendum change. Un appel est ainsi lancé en vue d'une gigantesque marche, le 1er juillet, au Mali et dans plusieurs pays étrangers.

Pouvoir

Ceux qui sont contre le projet estiment que l'article 118 de la constitution en vigueur a été violé. En effet, cette disposition veut qu'aucune procédure de révision constitutionnelle ne soit engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire national. Or, en raison de l'insécurité, l'Etat malien n'est pas en mesure aujourd'hui d'exercer sa souveraineté sur tout son territoire, affirment-ils.

Dans le fond, les partisans du non rejettent le projet de révision de la constitution parce que, selon eux, la création d'un Sénat, qui reste l'une des réformes majeures attendues, est inopportune. Pire, la nouvelle loi constitutionnelle donne plus de pouvoirs au président de la République qui peut désormais nommer le président de la Cour constitutionnelle et 1/3 des sénateurs. Il faut préciser que le nombre et la durée du mandat du président de la République ne sont pas concernés par cette révision constitutionnelle.