Burkina Faso: Blaise Compaoré bientôt jugé

La justice va statuer sur le dossier de l’insurrection populaire. L’ancien président, Compaoré et son gouvernement sont poursuivis pour "répression sanglante".

C'est une bonne nouvelle pour les acteurs de la scène politique et de la société civile, qui souhaitent le dénouement des dossiers judiciaires pendant, dans l'ère post insurrectionnel au Burkina. En effet, la Haute cour de justice vient d'annoncer dans un communiqué, qu'elle va statuer dans « les semaines à venir » sur le dossier de l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

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Cette juridiction compétente pour juger les hautes personnalités de l'Etat n'a pas nommément avancé une date pour le jugement. La quasi-totalité des membres du gouvernement de Blaise Compaoré, qui a été chassé du pouvoir par le soulèvement populaire, est appelée à comparaitre pour répondre des faits de « répression sanglante » contre les manifestants en son temps. Ces membres ont été mis en accusation pour « faits de coups et blessures volontaires, complicité de coups et blessures, assassinats et complicité d'assassinat ».

Cette responsabilité découle de la décision du Conseil des ministres du 21 octobre 2014 d'adopter le projet de loi portant modification de la Constitution en son article limitant les mandats présidentiels et de le transmettre à l'Assemblée nationale. Vu la détermination de l'opposition à empêcher le président de briguer un nouveau mandat, cette décision avait engendré le soulèvement populaire avec son lot de conséquences.

Des éléments de la garde rapprochée de l'ancien président, le Régiment de sécurité présidentiel (RSP), on s'en souvient, avait fait usage d'armes pour contenir les manifestations. La suite, on la connait, puisque cette répression avait fait 24 morts et 625 blessés. Sans oublier les actes de vandalisme et de pillage de biens publics et privés.

De grands absents

Plus de deux ans après les faits, la Haute de cour de justice, comme le laisse entrevoir son communiqué, a manifestement trouvé suffisamment d'éléments pour aller à un procès. Mais sur les 33 personnes concernées par le dossier, sept ne seront pas sur le banc des accusés, puisque celles-ci n'ont pas répondu aux convocations. Il s'agit en premier de l'ancien chef d'Etat, Blaise Compaoré, exilé en Côte d'Ivoire après sa chute, et de ses ex-ministres, Salif Lamoussa Kaboré, Marie Lucien Bembamba, Koumba Barry/Boly, Assimi Kouanda, Salif Ouédraogo et Tinga Jérémy Ouédraogo.

Tout comme leur maitre à penser, tous ont pris le chemin de l'exil. N'empêche, le parquet a prévenu que les intéressés seront jugés en leur absence. Le futur procès sur l'insurrection populaire pourrait, s'il venait à être effectif, mettre à nu le rôle de l'ex-numéro 2 du RSP, l'ancien premier ministre, Yacouba Isaac Zida. D'après les informations en possession des juges, c'est lui qui donnait les ordres aux soldats sur le terrain lors de l'insurrection populaire.

Mais cette figure de l'ombre du régime de Blaise Compaoré, qui a fait les beaux jours de la Transition politique, déjà accusé de malversations, s'est réfugié au Canada, refusant de rentrer au pays. Le général de division a même été radié en janvier dernier pour désertion en temps de paix, pour une absence illégalement prolongée.