Côte d’Ivoire: mutineries à répétition, l’affaire prend une tournure politique

La politique prend le pas sur les récentes mutineries en Côte d’Ivoire. Le camp Soro contre ses alliés du Rhdp.

En moins de cinq mois, des soldats ivoiriens se sont mutinés pour réclamer des primes. Et comme faits curieux, la première mutinerie s'est déroulée le 5 janvier, soit à 4 jours de l'élection du président de l'Assemblée nationale où la candidature de Guillaume Soro semblait improbable.

rci konaté sidiki 81de6Konaté Sidiki

Lors de la mutinerie du 12 au 15 mai, des armes sont découvertes au domicile du directeur du protocole du patron de l'Assemblée nationale.

Malgré que l'usage des armes comme méthode de revendication est un acte condamné par le code de procédure militaire, les soldats n'ont pas été inquiétés. Mieux, toutes leurs revendications ont été satisfaites. Mais cette fois les autorités essaient de comprendre ce qui se passe réellement au regard des coïncidences survenues lors des évènements. Y-a-t-il une main obscure derrière ces bruits de bottes et au profit de qui ?

Même si, certains observateurs y voient de simples coïncidences, le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire – PDCI - d'Henri Konan Bédié qui vient d'être pointé d'un doigt accusateur par le patron de la communication de Guillaume Soro dans une affaire de financement de la rébellion contre le régime de Laurent Gbagbo est loin de partager cette thèse. Pour le PDCI tout comme pour les ex-responsables de la rébellion, cela ne fait l'ombre d'aucun doute, cette affaire a un relent politique.

Les raisons de la colère

En effet, les ex-responsables de la rébellion n'ont pas du tout apprécié le fait que le président du PDCI ait recommandé une enquête pour éclairer l'opinion sur la découverte des armes au domicile du directeur du protocole de leur patron, Guillaume Soro. « Ces enquêtes nous permettront de savoir combien chacun y a mis dans le financement des armes », a indiqué Touré Moussa dans un tweet jeudi et qui défraie la chronique à Abidjan. «"M. Bédié est un actionnaire direct de la rébellion de 2002, qu'est-ce qu'il en dit des 4 milliards pour les achats d'armes et notre nourriture lorsqu'on était au Burkina Faso ? Qu'il reste en dehors de l'affaire soul to soul », persiste et signe SIDIKI KONATÉ, un proche de Guillaume Soro, président de la commission d'enquête parlementaire annoncée après celle du gouvernement.

En invitant le président du PDCI à se tenir loin de cette affaire, M. Sidiki semble confirmer la guerre de positionnement au sein d'une famille (RDR) où M. Bédié n'aurait aucun intérêt à intervenir. « C'est notre affaire et non la tienne », semble dire le président de la commission d'enquête parlementaire, ajoutant ainsi le PDCI à sa liste d'adversaire.

Les attentes du PDCI

C'est « une accusation grotesque », rétorque le ministre Kobénan Kouassi Adjoumani, porte-parole du PDCI-RDA, parce « elle n'est adossée sur aucune preuve, aucun fait, aucune référence de date ou de circonstance qui aurait permis d'en mesurer la sincérité ». Pour le porte-parole du PDCI, la sortie du responsable de la communication de Guillaume Soro est un ''écran de fumée'' qui vise simplement à ''détourner l'attention de l'opinion publique'' sur la découverte de cache d'armes au domicile d'un proche du président de l'Assemblée Nationale.

Peine perdue, estime le ministre Adjoumani pour qui cette démarche ne saurait, selon lui, dédouaner le mis en cause dans l'affaire des armes qu'il juge d'une extrême gravité, un dossier qu'il convient de traiter sans passion aucune. « Il faut éviter les courtes échelles et les amalgames », a-t-il conseillé pour ''éviter d'ouvrir d'autres fronts'' selon ses propres termes.

La prudence

Pour un observateur de la vie politique ivoirienne, ce genre de sujet étant très délicat, il recommande la prudence dans le traitement du dossier. « A priori, je ne peux pas faire de commentaire. Ça serait trop hâtif pour moi de dire que comme à la veille de l'élection du président de l'Assemblée Nationale, des gens ont pris des armes et que pour cette autre mutinerie, on a trouvé des armes au domicile de son directeur du protocole, que ces faits ont un rapport avec lui », a déclaré à afriqueactualite.com Guy-Charles Woyoro, directeur de stratégie et de planification, observateur de la vie politique ivoirienne.

Même s'il qualifie ''d'ânerie'' la sortie du patron de la communication de Guillaume Soro. « Ce sont des coïncidences, mais aujourd'hui à une analyse, il faut davantage », conseille-t-il.

Pour lui, même si la main occulte se justifie, l'Etat, qui reconnait devoir de l'argent aux mutins, a toute la responsabilité de satisfaire cette promesse faite. Il n'y a donc plus lieu de faire d'amalgame. Il faut payer et attendre de voir la tournure que prendra le cours des évènements pour ensuite apprécier.