Niger : 2 ans de prison ferme contre un journaliste et son père.

Le délibéré de l’affaire Baba Alpha et son père Mohamed Alpha, accusés de faux en écriture publique est tombé mardi. Un verdict sévère contre le père et le fils.

La sentence a été prononcée ce mardi au Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey, en présence d'un nombre important de journalistes, d'acteurs de la société civile et des membres de la famille du journaliste Baba Alpha.
 
Niger Baba Fotor 5d8e7

Le journaliste du groupe de presse privé Bonférey et son père Mohamed Alpha âgé de 70 ans ont été condamnés par le juge à 2 ans de prison ferme et une amende de 300 000 francs CFA chacun. Le juge a également prononcé une déchéance de leurs droits civils et politiques pour une période de 10 ans. Ils sont enfin interdits de l'exercice de tout emploi public et leurs « faux actes d'état civils seront confisqués et détruits ». Une troisième personne arrêtée pour complicité a été, depuis, remise en liberté provisoire, tandis que l'agent de la mairie qui a établi la pièce d'état civil a été condamné à un an de prison ferme et une amande de 200 000 francs CFA.

Arrêtés le 30 mars dernier, Baba Alpha et son père sont poursuivis dans un premier temps pour faux et usage de faux en écriture. Par la suite, les faits ont été requalifiés et depuis, ils sont accusés de faux en écriture publique sur un état civil.

On reproche à ce jeune journaliste d'avoir, avec la complicité de certaines personnes, bénéficié d'un certificat de nationalité nigérienne après avoir établi un acte de naissance pour son père. Or si Baba est né au Niger, son père serait né à Gao, ville malienne frontalière avec le Niger.

« Une décision illégale »

« C'est un sentiment de frustration, de déception parce que deux ans pour un journaliste, c'est vraiment trop », dénonce Moudi Moussa, membre du syndicat national des agents de l'information et de la communication (SYNATIC). « C'est une décision illégale qui ne répond pas aux normes internationales de droit de l'homme et de la démocratie », s'insurge Me Boubacar Mossi, avocat de Baba Alpha. Selon lui, ce genre de décision est illégale au regard de la loi nationale et des conventions internationales « parce que la signification de la décision est que Baba Alpha et son père sont déclarés apatrides ». Il explique que le journaliste est né, a grandi au Niger et n'a d'autre nationalité que nigérienne. « C'est cette nationalité qui lui a été retirée. Aujourd'hui, c'est comme si Baba Alpha et son père n'ont aucune nationalité », s'offusque l'avocat de la défense qui continue de soutenir que Baba Alpha a été privé de droit d'exister tout simplement. « C'est la mort civile qui a été prononcée contre Baba Alpha », dénonce l'avocat. « De ma mémoire d'avocat, c'est la première fois que j'entend au Niger une telle condamnation. Cette condamnation n'est pas digne des temps modernes. Elle est anachronique par rapport à l'Etat de droit et au temps moderne », insiste-t-il.

Journaliste au groupe de presse Bonférey, Baba Alpha était président du conseil d'administration de la maison de presse et également secrétaire général SYNATIC. Marié à une nigérienne et père de deux enfants, Baba était connu pour ses critiques acerbes contre le pouvoir en place. Mais aussi ses liens avec le principal parti de l'opposition de Hama Amadou. D'aucuns y voient un règlement de compte, tandis que du côté du pouvoir, on estime que le journaliste n'est pas inquiété dans le cadre de l'exercice de ses fonctions.

Vagues d'arrestations

Pour rappel, le Niger s'est doté depuis 2011 de plusieurs textes de loi garantissant la liberté de presse et d'expression. Outre la loi 035-10 du 4 juin 2010 portant dépénalisation des délits commis par voie de presse, le président de la République Issoufou Mamadou était le premier chef d'Etat africain à signer la Déclaration de la table de la montagne (DTM).

Des textes dont l'adoption a permis au pays de gagner des rangs dans le classement mondial de la liberté de presse de RSF. C'est ainsi que le Niger est passé de la 52ème place en 2016 à la 61ème en 2017 alors qu'en 2012, il est passé de la 104ème à la 29ème place.

Dans la pratique, la situation se traduit aujourd'hui par des arrestations de journalistes, acteurs de la société civile et hommes politiques, le plus souvent pour leurs opinions exprimées sur les médias et, tout dernièrement sur les réseaux sociaux (alors qu'il n'existe aucune loi relative aux réseaux sociaux). Actuellement, le journaliste Ali Soumana, directeur de publication du journal Le Courrier est en prison. Avec lui un militant du parti de l'opposition, activiste sur les réseaux sociaux.

En fait, le juge met le plus souvent de côté la loi sur la dépénalisation du délit de presse pour appliquer le code pénal.