Mali: des membres de l'ex-junte entame une grève de la faim

Le général Amadou Sanogo et 16 autres militaires détenus depuis 2013, réclament l'accélération de la procédure judiciaire, dans l'affaire des bérets rouges.

Inculpés dans le dossier dit des bérets rouges, 17 membres de l'ex-junte militaire ayant renversé le président Amadou Toumani Touré en 2012 ont entamé, depuis quelques jours, une grève de la faim afin que justice soit rendue. Le général Amadou Haya Sanogo, cerveau de la junte, et ses 16 co-accusés, tous des militaires, sont poursuivis pour «enlèvement et assassinat, complicité d'enlèvement et d'assassinat» de soldats dont les corps ont été retrouvés dans un charnier en 2013, dans la périphérie bamakoise.
 
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Ces militaires, détenus depuis 2013, sont soutenus dans leur quête de justice par leurs épouses qui, depuis quelques jours, haussent le ton pour obtenir un procès. «La grève de la faim est respectée. Nos époux sont détenus depuis plus de quatre ans. D'après le code pénal au Mali, quand vous mettez quelqu'un en détention provisoire, la durée maximum est de trois ans. Les conditions de détention ne sont pas du tout bonnes. Donc, nous demandons aux autorités, le plus vite possible, de rendre justice. Si elles savent qu'elles ne peuvent pas les juger, nous leur demandons la mise en liberté provisoire des détenus», interpelle Mme Dembélé Madina Sissoko, épouse du général Ibrahim Dahirou Dembélé, chef d'état-major général de l'ex-junte, qui s'est exprimée sur les antennes de Studio Tamani.
 
Les autorités judiciaires n'ont toujours pas réagi à cette soif de la justice alors que la grève de la faim a commencé à entamer la santé de certains détenus. L'Adjudant-chef Fousseini Diarra, l'un des grévistes, a d'ailleurs été hospitalisé mercredi 8 novembre 2017, au CHU du Point G, avant d'être ramené, le lendemain, au Camp I de la Gendarmerie nationale, à Bamako.
 
Auteurs d'un coup d'Etat en mars 2012, le général Sanogo et ses compagnons ont réprimé dans le sang un coutre coup d'Etat tenté par le Régiment des commandos-parachutistes, communément appelés les bérets rouges, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2012. Ces derniers étaient restés fidèles au président déchu, en l'occurrence le général Amadou Toumani Touré, lui aussi commando parachutiste.
 
Au cours des enquêtes judiciaires ouvertes avec l'arrivée d'Ibrahim Boubacar Keïta au pouvoir en 2013, les corps de 21 bérets rouges seront retrouvés dans une fosse commune dans le village de Diago, non loin de Bamako. 17 membres de l'ex-junte, dont le cerveau, Amadou Haya Sanogo, seront arrêtés en novembre 2013. En novembre 2016, soit trois ans plus tard, un premier procès est organisé par la Cour d'assises en transport à Sikasso, à environ 400 km au sud de Bamako. Mal préparé, ce procès sera renvoyé, à la demande des avocats de la défense, à la première session de la Cour d'assises au titre de l'année 2017.
 
Les avocats de la défense ont en effet estimé que ceux qui ont procédé aux expertises médicales sur les tests ADN des 21 bérets rouges, des Portugais, n'avaient pas qualité à faire ce travail, parce que n'ayant pas prêté serment devant le juge en charge de l'instruction du dossier. La Cour a finalement adhéré à cette requête et confié l'expertise médicale au cabinet médical "Charles Mérieux", à Bamako. Mais, nous voilà en fin 2017 et le procès dans l'affaire Sanogo est toujours attendu, parce que les résultats des tests ADN ne sont toujours pas disponibles, selon des sources officielles. Conséquence: c'est l'impatience aussi bien dans le camp des victimes que dans celui des accusés.