Africains et européens contre l'esclavage des migrants

Une réunion internationale prévue le 13 décembre à Paris réunira les "partenaires clés de la force conjointe, de l'UE, de l'ONU et de l'UA".

Après le scandale international né de la diffusion d'images de marché aux esclaves en Libye, l'immigration s'est imposée comme le thème majeur du sommet qui a réuni il y a une semaine environ 80 chefs d'Etat et de gouvernement ainsi que 5.000 délégués à Abidjan. Il s'est achevé sur "l'engagement fort" des dirigeants des deux continents à lutter contre le drame de l'immigration clandestine et de ses dérives comme les marchés d'esclaves en Libye. Quelque 3.800 migrants africains en Libye doivent être rapatriés d'urgence, a annoncé le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat. Soit une faible part du nombre total de migrants en Libye, qui se situe "entre 400.000 et 700.000", selon lui. "Les réseaux de passeurs doivent être mis hors d'état de nuire" et "une enquête (internationale) doit être menée", a déclaré le président ivoirien Alassane Ouattara. Son homologue guinéen, Alpha Condé, qui est également président en exercice de l'UA, a demandé que des "forces spéciales" soient mises en place "contre les trafiquants d'êtres humains".
 
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'Démanteler les réseaux'
Les mesures annoncées aux sommets constituent "une véritable avancée, cela aura un impact sur (le problème de) l'esclavage", a réagi le directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), William Lacy Swing, qui précise que l'OIM a déjà évacué 13.600 migrants et espère en évacuer 15.000 supplémentaires, abrités dans des camps gouvernementaux. Plus de 700 millions d'Africains ont moins de 25 ans, soit 60% de la population du continent. Des centaines de milliers de jeunes désespérés par le chômage, la pauvreté et l'absence de perspectives dans leurs pays - en dépit de taux de croissance enviables pour certains d'entre eux - tentent d'émigrer vers l'Europe chaque année. Selon le président français, Emmanuel Macron, les opérations d'évacuation seront mises en place "dans les prochains jours ou (les prochaines) semaines". Il est important de "démanteler les réseaux et leur financement" car les "trafiquants d'êtres humains" sont "profondément liés" aux trafiquants d'armes, de drogue et aux mouvements terroristes qui opèrent dans toute la bande sahélo-sahélienne", a lancé M. Macron.
 
Sécuriser l'avenir des jeunes
Pour donner un avenir à la jeunesse africaine, les dirigeants africains et européens sont convenus d'"intensifier les efforts pour lui offrir une éducation de qualité", avec "un effort particulier sur l'éducation des filles, les technologies et le numérique". Les investissements seront accrus pour accélérer la croissance économique afin d'offrir des emplois aux jeunes. La question de la sécurité a aussi été abordée, au moment où l'Afrique de l'Ouest en particulier connaît une montée en puissance de groupes jihadistes, d'ailleurs en partie liée à la désespérance de la jeunesse africaine.
 
L'UE affiche son soutien au G5 Sahel (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad) qui s'efforce de mettre en place une force antijihadiste dans cette région, mais le financement de cette force est encore largement insuffisant. Seule la moitié de son budget a été réuni, bien qu'il ait été divisé par deux, à 240 millions d'euros. Une réunion internationale aura lieu le 13 décembre à Paris pour "accélérer le déploiement" de la force multinationale, a indiqué l'Élysée jeudi, réunion à laquelle seront conviés les "partenaires clés de la force conjointe, de l'UE, de l'ONU et de l'UA".