Human Rights Watch accuse Kinshasa de recruter des rebelles pour mater la population

Des éléments de l'ancienne rébellion du mouvement du 23 mars seraient recrutés par les forces de sécurité selon un rapport de l'ONG internationale

Dans un rapport rendu public ce lundi 04 décembre 2018, l'organisation internationale Human Rights Watch accuse les forces de sécurité de la République Démocratique du Congo d'avoir recruté des mercenaires au sein de l'ancien groupe armé M23 (rébellion défaite en 2013 par l'armée congolaise et dont les combattants sont cantonnés en Ouganda et au Rwanda) pour la répression des manifestations au pays. Ces ex combattants en provenance de l'Ouganda et du Rwanda étaient déployés, selon le rapport, à Kinshasa, Goma et Lubumbashi. '' Les combattants du M23 ont été recrutés entre octobre et début décembre 2016 dans des camps militaires et de réfugiés en Ouganda et au Rwanda, où de nombreux combattants du M23 sont basés depuis la défaite du groupe armé dans l'est de la RD Congo, en novembre 2013. Ils ont reçu de nouveaux uniformes et des armes et ont été intégrés dans la police, l'armée et des unités de la Garde républicaine, le détachement de sécurité présidentielle'' affirme le rapport.
 
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62 morts dans des manifestations
Selon l'organisation Human Rights Watch, les combattants ont été recrutes spécialement pour empêcher par la répression, les manifestations contre le régime en place. Ils ont reçu des ordres explicites pour utiliser la force létale, y compris à « bout portant » si nécessaire, ajoute le rapport qui cite les témoignages d'un combattant, '' nous avons reçu l'ordre de tirer immédiatement à la moindre provocation des civils''.
 
Le rapport indique qu'au cours des manifestations du 19 et du 20 décembre 2016, au moins 62 personnes avaient été tuées, sans compter des centaines de blessés et arrestations. Il signale également qu'à part les 200 éléments recrutés en décembre 2016, d'autres l'ont été entre mai et juillet 2017 à partir de l'Ouganda et du Rwanda, avant d'être envoyés à Kisangani dans la province de la Tshopo.
 
Human Rights Watch préconise ainsi un dialogue et une pression coordonnée contre le président Kabila pour le contraindre à quitter le pouvoir. Il conclut que les éléments contenus dans le rapport prouvent à quel point Kinshasa est prêt à aller pour se maintenir au pouvoir. Il déclare '' les opérations clandestines de recrutements d'anciens combattants rebelles d'un groupe armé abusif pour protéger Kabila et réprimer toute résistance, documentées dans le présent rapport, montrent jusqu'où Kabila et sa coterie sont capables d'aller pour maintenir leur emprise sur le pouvoir''.
 
Le M23 confirme et crie à la violation des accords
L'ancienne rébellion M23, n'est pas restée silencieuse face à la publication du rapport. Son président, Bertrand Bisimwa, à travers, un tweet ce même lundi a qualifié ces éléments recrutés par Kinshasa de déserteurs et indisciplinés radiés de son mouvement. Il parle d'une violation des déclarations de Nairobi (ensemble d'accords signés entre le gouvernement congolais et le mouvement du 23 mars pour la cessation des hostilités). ''Concernant le rapport de Human Rights Watch, précisons que le gouvernement de la RDC a saboté la mise en œuvre des déclarations de Nairobi pour recruter clandestinement quelques déserteurs et indisciplinés radiés du M23 pour des activités que nous ignorons. Ils sont cantonnés à Kisangani et à Goma'' déclare-t-il.
 
Elie Mutela son directeur de cabinet, joint par Afrique Actualité, rejette toute implication du M23 dans l'utilisation de ses anciens combattants dans la répression des manifestations. Il en profite pour appeler au respect et à la mise en application des déclarations de Nairobi. '' Depuis la signature des déclarations aucun rapatriement n'a été fait conformément aux déclarations, ainsi les quelques vagues de rapatriements effectués par le gouvernement, ont été fait en violation des accords qui prévoyaient comme les combattants du M23 allaient être rapatriés, démobilisés, et réinsérés socialement. Cet acte posé par le gouvernement démontre à suffisance l'échec de la mise en œuvre des déclarations. Et, c'est l'occasion d'interpeller les garants de la mise en œuvre de ces déclarations en l'occurrence les Nations-Unies, la SADC et l'Union Africaine qui ont pratiquement failli à leurs devoirs de garantir la mise en œuvre des déclarations. »