Gabon : le projet de révision constitutionnelle adopté

Le projet de révision de la Constitution longtemps critiqué par l'opposition vient d'être adopté par le Parlement réuni en congrès

Le projet de révision de la constitution a longtemps fait débat au Gabon. Critiqué ouvertement par le sixième Vice-président du Sénat, Jean-Christophe Owono Nguema voit en ce projet, une manie pour le pouvoir en place de « monarchiser » la République gabonaise. Le projet vient d'être adopté en congrès par le Parlement par 197 voix pour, 14 voix contre et deux abstentions. La décision de la Cour constitutionnelle reste attendue pour son adoption finale. Du côté de l'institution, l'opposition ne s'attend pas à grand-chose de la part de cette instance au regard de son attachement à l'action du pouvoir en place.
 
Constitution Gabon 904c0
 
Une cinquantaine de lois revisitées
Plus d'une cinquantaine d'articles de la centaine figurant dans l'ancienne constitution adoptée dans les années 90 a été modifiée. Points de controverse, le projet consacre un arsenal de nouveaux pouvoirs au Président de la République. L'article 15 de la nouvelle Constitution prévoit par exemple qu'avant leur entrée en fonction, les membres du Gouvernement prêtent serment devant le Président de la République et en présence de la Cour Constitutionnelle. Ce qui est nouveau. Et l'usage des termes « loyauté et fidélité » pose un problème de liberté de leur action et cette contrainte s'applique aussi aux commandants en chef des forces de défense et de sécurité.
 
Or, s'agissant particulièrement des forces de défense et sécurité, qu'ils agissent en toute liberté conformément aux prérogatives de leur corps. En révisant la loi de cette manière, le Président de la République s'arroge donc le droit de diriger à sa guise, l'action de ces derniers. Un dessein qui trace tout de même, la voie à une mainmise du Président de la République et une liberté absolue d'action surtout que même après avoir cessé ses fonctions, ce dernier ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour les faits définis par la loi organique sur la Haute Cour de Justice.
 
Une nouvelle bataille perdue pour l'opposition
« La révision constitutionnelle adoptée par un Parlement composé d'une Chambre intérimaire, l'Assemblée nationale, pour tenter d'asseoir le pouvoir d'un président de la République jamais élu, illustre mieux que tout la gravité de la crise politique dans laquelle le Gabon se trouve », a expliqué Jean Gaspard Ayi, Porte-parole de Jean Ping au micro de l'AFP à la suite du congrès. Affaiblie, l'opposition gabonaise qui a durant des mois combattu cette « mascarade » selon les termes d'Alexandre Barro Chambrier vient à nouveau de perdre une nouvelle bataille alors qu'elle accuse le pouvoir en place de « monarchiser » la République.
 
Dans les faits, suivant l'analyse faite par le Président de l'Union nationale (UN), Zacharie Myboto, ce projet « consacre un recul de la démocrate en instituant un régime présidentiel qui concentre le pouvoir exécutif dans les mains du président de la République, faisant fi de la séparation des pouvoirs et cherchant à prendre avantage d'une possible cohabitation ». Ce qui n'est pas le cas à en croire le ministre de la communication, Alain-Claude Bilié By Nzé car selon lui, « ce n'est pas du tout l'orientation qui est donnée ». « Personne ne veut aujourd'hui que le Gabon devienne une monarchie avec un roi à la tête », expliquait-il dans une allocation face à la presse. Mais comment alors interprété la nouvelle orientation ? Ce que cherche à comprendre le peuple qui a aussi failli dans la bataille contre ce projet.
 
Le silence complice du peuple !
Certes, le Parlement qui vient de manquer à « une responsabilité historique » est pour l'opposition gabonaise, le principale responsable du passage de cette nouvelle constitution mais le peuple a également sa part de responsabilité. Contrairement aux batailles constitutionnelles menées par le peuple dans d'autres pays notamment récemment, au Bénin, pour dire non à un scénario de révision de la constitution, au Gabon, cette bataille a particulièrement été marqué par une passivité absolue, un silence complice du peuple qui, devant le débat d'histoire et de démocratie qui a durant des mois entre la majorité et l'opposition est resté muet comme si la question n'impliquait pas son avenir. Une position presque pas étonnante car elle caractérise après selon certaines indiscrétion l'âme des gabonais. Toutefois, l'action de l'opposition combinée à celle du peuple aurait-elle réellement permis de revisiter certains contours de la nouvelle constitution source de controverse ?