Sénégal: impact financier dévastateur du cancer de la prostate

La prise en charge du cancer de la prostate coûte chère. De plus, la
maladie reste un tabou au sein de la société sénégalaise.

Au Sénégal, il n'existe pas de chiffres qui permettent d'avoir une idée réelle de la prévalence du cancer de la prostate. D'après le docteur Mohammed Jalloh, urologue à l'hôpital général de Grand-Yoff, il n'y a pas de registre de tumeurs qui permet de recenser tous les cas de cancer, quel que soit l'organe, et d'avoir des chiffres exacts. Par contre, la cherté des soins liés à la maladie est, elle, réelle.
 
Senegal Prostate Fotor 89343

Soins exorbitants

La prise en charge de la maladie de la prostate est chère. Les patients peuvent débourser jusqu'à 500.000 francs CFA (763 euros) pour une prostatectomie et plus de 2,2 millions CFA (3.354 euros) pour un médicament traitant les cas sévères de la maladie. Telle est l'information diffusée par les spécialistes sénégalais de la maladie lors de leur journée de l'Urologie.

"Le cout de l'intervention chirurgicale pour la prostatectomie radicale est de 500.000 francs CFA. Nous devons réduire les formes métastasées, c'est-à-dire localement avancées, pour lutter contre le cancer de la prostate. L'injection coute 297.000 francs CFA par trimestre (453 euros), pour un traitement qui dure 18 mois. Car après ce délai, les cellules cancéreuses développement des formes de résistance avec les formes métastasées. Il faudra alors prendre de l'abiratérone, un médicament qui coute 2.2 millions de francs CFA qu'il faudra prendre mensuellement. D'où l'intérêt de transformer le statut clinique des patients", fait savoir le professeur Babacar Diao.

Prévention difficile, causes multiples

Toujours selon le docteur Mohammed Jalloh, c'est une maladie assez fréquente au regard de l'affluence observée dans les consultations. " Si on extrapole, de par le monde, la race noire est un facteur qui expose au cancer de la prostate. Les pays où l'étude de prévalence a été faite, que ce soit aux Etats-Unis ou dans les Caraïbes, on sait que la prévalence est beaucoup plus élevée chez les sujets de race noire", fait-il constater.

Toujours par rapport à la prévention, le médecin reconnaît qu'il y a toute une difficulté du fait que certains facteurs causant le cancer de la prostate sont génétiques. Ils sont liés à des anomalies génétiques dans l'organisme qui peuvent être innées ou survenir par le biais de mutation. Par ailleurs, informe-t-il, l'hygiène alimentaire peut aussi aider dans la prévention. " L'excès de consommation de graisse animale est un facteur qui augmente le risque d'attraper le cancer de la prostate, mais également beaucoup d'autres maladies, notamment l'obésité et les maladies cardiovasculaires. C'est un facteur lié au mode de vie sur lequel on peut jouer. Par contre, ce serait très difficile de parler réellement de prévention contre les autres facteurs", avance M. Jalloh, reconnaissant la difficulté que pose le dépistage dans notre pays.

En effet, le problème du dépistage, c'est qu'il ne permet pas de faire la différence entre le cancer agressif et celui qui peut évoluer lentement. Autant de choses faisant qu'aujourd'hui, en termes de santé publique, les services concernés ne sont pas prêts à faire ce dépistage qui demande beaucoup de moyens. " Sur le plan éthique, après avoir dépisté les malades, on est amené à les traiter, ",laisse entendre le docteur Jalloh.

Aussi, lorsque quelqu'un a un cancer dans sa famille, il est préconisé des dépistages annuels ou biannuels à partir de 50 ans où quand des cas de cancers familiaux se sont déclarés très tôt. Des traitements sont disponibles et permettent de guérir le malade à condition que le cancer soit diagnostiqué précocement, ce dont les Sénégalais sont peu informés.
 
" Actuellement, nous avons besoin de mieux conscientiser les populations pour qu'elles sachent que c'est une maladie comme les autres. Globalement, certains pensent, dès qu'on parle de cancer de prostate, que c'est quelque chose de très péjoratif. Or, c'est devenu une maladie chronique au même titre que le diabète et l'hypertension. Les personnes peuvent vivre avec et avoir des traitements leur permettant d'avoir une bonne qualité de vie ", conclut l'urologue.