Niger: plus de 700 cas de fistule chaque année

A Niamey, les épouses des chefs d’Etat de la CEDEAO jettent les jalons de la lutte contre la fistule obstétricale. Un véritable problème médico-social au Niger.

A l'initiative de la deuxième épouse du président du Niger, Dr Lalla Malika Issoufou Mahamadou, les femmes des présidents des pays de la CEDEAO engagent le combat contre la fistule obstétricale féminine dans l'espace communautaire.

fistuleuses avec malika issoufou d9083

Dr Lalla Malika Issoufou Mahamadou

Définie comme une lésion résultant d'un accouchement difficile et prolongé sans assistance qualifiée, la fistule obstétricale cause dans la plus part des cas l'incontinence urinaire et rectale chez la femme. L'accouchement difficile et prolongé provoque en effet de déchirures de tissus mettant en communication la vessie, le vagin et le rectum, avec comme conséquence l'échappement involontaire des urines et des selles ou les deux à la fois.

Des centaines de femmes touchées

Au Niger, la fistule obstétricale constitue un véritable fléau de santé publique. Selon les statistiques, chaque année 700 à 756 nouveaux cas de fistules génitales féminines sont enregistrés. Une maladie considérée comme malédiction ou « maladie de la honte », en raison des odeurs que les victimes dégagent. Elles sont rejetées par leurs maris qui les considèrent comme « impures » ou par leurs proches.

Plusieurs facteurs favorisent cette maladie. Parmi lesquels, le mariage précoce des jeunes filles. Selon un document du ministère de la Santé publique, au Niger, « l'âge moyen du premier mariage d'une femme est de 15,1 ans ». Dès lors, poursuit le document, « les adolescentes sont plus exposées à des complications à l'accouchement parce qu'elles présentent une maturité physiologique faible du bassin du fait de leur jeune âge. »

La coutume est considérée comme l'autre cause de la fistule génitale féminine au Niger où, selon le ministère de la Santé publique, dans plusieurs communautés, le premier accouchement de la femme doit se faire auprès des parents. Or, « plus de 90 % de la population vit en milieu rural avec un recours aux services de santé très réduit », indique le même document.

A ces facteurs s'ajoutent le faible taux d'accouchement assisté par un personnel qualifié (29 %), un faible taux de scolarisation de la jeune fille (15,06 %), les accouchements à domicile et des pratiques et croyances traditionnelles nuisibles à la santé de la reproduction.

Redonner espoir aux malades

Face à cette maladie devenue un problème de santé publique, le Niger s'est doté d'un centre de référence de la fistule obstétricale (CNRFO) afin de redonner espoir aux victimes. Outre la prise en charge des femmes fistuleuses, notamment le traitement chirurgical de la maladie, le centre œuvre également pour le retour en famille de ces femmes à travers des activités génératrices de revenus.

Avec l'aide des partenaires techniques et financiers, le centre s'est doté d'un foyer de couture. « Ces activités génératrices de revenus sont des petits projets mis en place par le centre et qui visent à permettre à ces femmes de subvenir aux besoins de leurs familles une fois retournées chez elles », explique Ibrahim Zalihatou, responsable du foyer de couture. Selon elle, les revenus tirés des petits commerces exercés par les pensionnaires du CNRFO « serviront à beaucoup de choses ». De ce fait, « elles ne seront plus dévalorisées par la communauté et assumeront fièrement leurs enfants de façon autonome sans attendre une aide extérieure », se réjouit-elle.

Des progrès ont certes été enregistrés, mais beaucoup reste à faire. Ainsi, au-delà de la communication faite autour de la rencontre des « premières dames » de la CEDEAO, beaucoup attendent des résultats concrets de leur « déclaration de Niamey. »