Sénégal: délaissée par les soignants, une fillette de 12 ans, meurt par manque d'argent

Atteinte d’une hémorragie, une fillette a été laissée à son sort, sa mère ne pouvant s’acquitter des frais d’intervention chirurgicale estimés à 200 000 f cfa.

Au Sénégal, être malade peut devenir un billet d'entrée vers la morgue. Les personnes démunies sont souvent laissées à leur sort juste parce qu'elles n'ont pas les moyens de payer les frais médicaux. C'était le cas de la jeune Aicha Diallo, une fillette de 12 ans qui souffrait d'une hémorragie externe suite à une blessure au niveau de l'anus et a été admise à l'hôpital public de Pikine. Mais par manque d'argent, elle a été abandonnée par les médecins qui réclamaient deux cent mille francs CFA ( environ 300 euros) à sa pauvre mère qui ne pouvait se procurer cette somme.

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Finalement, c'est tard dans la nuit d'hier, lorsque la fille souffrait le martyre avec son ventre qui gonflait, que les médecins ont consenti à s'occuper d'elle. Des soins qui n'ont servi à rien, car dans la matinée du mardi 17 octobre, les médecins ont informé la maman de la fille, Fatima, que son enfant n'était plus de ce monde. L'enfant a été inhumée, après la prière de 17H à Yeumbeul, et la direction de l'hôpital compte réagir.

Aucune consultation

Elle a rendu l'âme pour "non-assistance à une personne en danger", renseigne la mère de la victime.

"Elle est tombée de l'étage, elle a eu une hémorragie interne après avoir été perforée par un bois. Une fois à l'hôpital, les médecins ont traîné plusieurs heures avant l'opération et on devait l'opérer sur le champ. On est arrivé tôt et jusque tard dans la nuit, on ne l'a pas consulté", dit-elle.

Avant d'ajouter: "Quand on la mettait sous perfusion, elle me disait, maman mon sang commence à monter. Et quand j'appelle les docteurs pour leur informer de ça, ils me disent on arrive alors qu'ils ne viennent pas. Quand j'insiste, ils me disent, madame tu fais doucement avec nous, si je leur dis l'enfant souffre, ils me répondent, et alors ?"

Poursuivant, la maman indique qu' "ils ne lui donnaient aucun anti-douleur. Ils lui administraient seulement des perfusions de sérum-salé. Ma fille a pleuré jusqu'à sa mort. Aucun médecin ne la regardait. C'est à la dernière minute, qu'on l'a amené pour l'opérer mais c'était trop tard".

Et, elle bat en brèche l'information selon laquelle la fille aurait été délaissée pour défaut de moyens. "Tout ce qu'ils ont demandé, je l'ai payé. L'opération a été signée et on devait payer après l'intervention. Et, même après sa mort on nous a fait payer 115 000 F CFa" déplore-t-elle.

Dénégations, mais sanctions en vue

L'affaire fait grand bruit et secoue l'hôpital de Pikine. Les autorités du ministère de la Santé et de l'Action sociale, ont convoqué le directeur de l'établissement. De plus, une réunion de crise s'est tenue dans les locaux de l'hôpital, toujours ce mardi.

Mohamed Abdallah Gueye, directeur de l'hôpital, se dit "surpris" et se lave à grande eau. "Je rappele que nous sommes un établissement public de santé de niveau 3 et que, conformément à la réglementation en vigueur, tout patient qui arrive aux urgences est pris en charge avant toute formalité administrative et financière. Au niveau de l'hôpital de Pikine, c'est cela qu'on est en train de dérouler. Le patient est d'abord pris en charge sur le plan médical et à la fin du séjour, on lui fait une facture. C'est ce qu'on a fait par rapport à ce patient. On ne lui a jamais demandé un sou lorsqu'elle a été admise aux urgences. On va vous montrer les factures. Et c'est loin d'atteindre les 200.000 F CFA dont il est fait allusion."

Le ministère de la santé, pour sa part, a déclaré l'ouverture d'une enquête administrative dont les recommandations seront totalement suivies.