Bénin : les racoleurs de l’Etoile rouge

Le job de guide de voyageurs plus connu au Bénin sous le vocable «racoleur» permet à de nombreux jeunes de gagner leur. Certains bravent la mort.

Cotonou, lundi 7 h du matin. Le carrefour de la place de l'Etoile rouge s'anime. Les voyageurs en partance pour l'intérieur du pays se bousculent. Hommes et femmes, bagages sur la tête ou en mains, accélèrent le pas vers les bus alignés, le long du trottoir, qui attendent de faire le plein avant de démarrer.
 
Benin Bus Fotor 306e4
A côté, des vendeuses de pains et de sacs de voyage s'affairent. Une trentaine de jeunes gens, tous vêtus d'un tee-shirt orange avec l'inscription « Guide des voyageurs de l'Etoile rouge » (G.v.e), se positionnent au milieu de la route et lancent machinalement à l'endroit des voyageurs : « Bohicon-Parakou-Djougou (Des villes situées au centre et au nord du Bénin)... Venez, venez ! » Le corps dégoulinant de sueur malgré la fraîcheur matinale, ils courent à toute vitesse au moindre arrêt d'un taxi-moto ou d'une voiture transportant un voyageur puis prennent pratiquement de force ses bagages et le dirigent vers le bus qui convient à sa destination.

« Nous sommes des guides de voyageurs », explique Auguste Koussouhon. Le travail consiste à trouver des clients aux compagnies de transport. Ainsi, ils se positionnent aux abords de la voie et même sur la chaussée et se disputent les clients. «Je vis de ce job», dit Edouard Koumasségbo. A l'en croire, c'est grâce à ses revenus qu'il parvient à subvenir à ses besoins et ceux de sa petite famille. « Je ne gagne pas beaucoup mais, je mène une vie décente », ajoute-t-il.

Pour Paul Avohou, un autre guide, le métier de racoleur lui permet de rentrer chaque jour avec au moins cinq mille (5 000) francs Cfa. Chaque client trouvé pour un bus donne droit à 200 ou 500 francs Cfa selon sa destination. « Si je trouve un client pour Bohicon (ville située à environ 220 km au nord de Cotonou), j'ai droit à 200 francs Cfa et pour Djougou (ville située à environ 550 km de Cotonou), j'ai droit à 300 ou 500 francs Cfa», renchérit Paul Avohou. Mais, ces racoleurs n'occultent pas les risques auxquels ils s'exposent. Ces racoleurs sont confrontés à chaque instant à de nombreux risques d'accidents. Car, cette activité les oblige à se placer au beau milieu des grandes voies à la recherche des clients. Ils se faufilent entre les véhicules à la recherche de clients. « C'est Dieu qui veille sur nous. Sinon, on ne serait même plus de ce monde ou encore on, serait déjà estropié ou même paralysé. Certains, conducteurs de véhicules foncent parfois sur nous », affirme Assogba Akim.

Analphabètes

« Nous sommes des guides des voyageurs. On est fier de l'être car, c'est mieux que de voler», lance avec fierté Auguste Koussouhon. Pour lui, le mot racoleur est un terme vulgaire. A entendre Paul Avohou, le guide de voyageurs est avant tout un être humain qui est tout simplement à la quête de son pain quotidien. « Que les gens changent leur appréhension sur nous », déclare Roland, un autre guide de la place de l'Etoile rouge. «Nous ne sommes pas des vauriens comme les gens le pensent. Nous sommes des gens responsables et conscients. » Pour preuve, poursuit-il, n'y a pas que des analphabètes dans le corps des guides de voyageurs. « Il y a des étudiants, des élèves, parmi nous... Mieux, notre président est un enseignant... On n'est donc pas des voyous »,
conclut Roland.