RDC: le conflit Hutu-Nande s’exporte à l’université de Goma

Le conflit entre Hutu et Nande, deux communautés au Nord-Kivu, dégénère et s’invite dans les milieux estudiantins.

Plusieurs bureaux de l'université de Goma ont été brûlés et plusieurs personnes blessées, mardi 22 mars à Goma, au Nord-Kivu. « Une centaine de personnes ont fait irruption ce matin au campus de l'université de Goma. Ces personnes ont brûlé des bureaux dont le mien et blessé des étudiants et quelques membres du personnel académique », affirme Denis Nahayo, président des étudiants de l'université de Goma.

rdc université de goma 76b9cL'université de Goma

Il ajoute qu'« ils étaient armés de couteaux et de bidons d'essence. Ils ont blessé plusieurs personnes dont un chef de travaux qui est actuellement admis en soins à l'hôpital général ».

Il précise que les assaillants protestaient contre « l'absence des Nande à la tête de l'université et des instituts supérieurs à Goma. Ils estiment que les Hutu prennent le contrôle de l'université au détriment d'autres communautés. » Une réaction due aux récentes nominations du ministère de l'Enseignement supérieur et universitaire dans tous les établissements publics de la République.

Acte prémédité ?

Selon nos sources à Goma, un des assaillants a enfermé dans une salle, d'autres étudiants pour y être asphyxiés, après avoir mis le feu. D'autres se sont mis à brûler des archives académiques. Tout semble avoir été planifié. La fumée partout, le feu, la révolte, le sang mais également, la fuite et la peur. L'objectif de ces actes de vandalisme reste un mystère.

Avec un grand retard les agents de la police sont intervebus, en commençant par éteindre le feu, forcer les portes et aider les étudiants enfermés à se sauver. Le campus du Lac loge dans ses locaux, plusieurs universités et institutions supérieures, notamment, l'ISTM, l'ISSNT, l'UNIGOM, l'ISTA, l'ISTOU.

« Nous étions prévenus que ces personnes viendraient ce matin et avons prévenu à notre tour la police, mais rien n'a été fait, » se désole Denis Nahayo. D'après Thomas Kubuya, enseignant et autorité académique à l'université de Goma, le conflit ethnique n'est qu'une partie du problème par rapport à ce qui s'est passé ce matin.

« A côte du conflit entre communautés, il y a depuis quelques temps un conflit ouvert entre les étudiants de l'Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA) et d'autres instituts supérieurs. » Thomas Kubuya présume que « ce qui s'est passé ce matin, c'est une sorte de représailles des étudiants de l'ISTA sur ceux de l'UNIGOM ».

Tireurs de ficelles

Aux dernières nouvelles, des présumés auteurs de ces actes (une quinzaine) ont été interpellés par la police. Le samedi 19 mars, il y avait également des échauffourées entre les deux camps. « Et aujourd'hui, ceux de l'ISTA sont venus se venger. Tout ceci sur fond de tensions interethniques, » fait savoir Kubuya.

Il sied de relever que depuis quelques mois, les communautés Hutu et Nande, dans le territoire de Lubero (Nord-Kivu) se regardent en chiens de faïence. Après des consultations entamées en février 2016 à Miriki avec les deux groupes ethniques, le gouverneur de province, Julien Paluku avait accusé les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), d'être à la base des violences observées entre les deux communautés. Cette accusation a été rejetée par les FDLR, alors que la société civile de Lubero dénonçait des manœuvres politiciennes.

Une accalmie précaire était observée ces derniers jours à Lubero. Mais, semble-t-il, le fond de la question qui divise les deux communautés n'a pas encore été abordé. Ce qui laisse à penser que les violences pourraient reprendre de plus belle à tout moment.

Massacres

Pourtant, le vendredi 18 mars, le gouverneur Paluku a déclaré qu'« à l'issue de la restitution de différentes missions de sensibilisation à la cohabitation pacifique, le constat en général est qu'il n'y a pas de conflit inter ethnique au Nord-Kivu ». Toutefois, il a reconnu qu' « il y a eu plutôt des tensions qui, si elles n'étaient pas bien gérées, pouvaient dégénérer ».

De son côté, l'opposant Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale et fils du terroir, a initié et conduit mardi 15 mars, un groupe de leaders influents du grand Kivu, en faisant le tour des institutions à Kinshasa pour rencontrer différentes personnalités. L'objectif était de convaincre tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir, comme l'Etat congolais ou la Monusco, de mettre tout en œuvre pour anticiper un conflit latent susceptible de dégénérer en massacres.

Dents

Cependant, c'est au Nord-Kivu que Vital Kamerhe et son équipe sont le plus attendus. C'est là où ils doivent amener Nande et Hutu à enterrer la hache de guerre et cohabiter pacifiquement.
 
La difficulté de la démarche de Kamerhe réside dans le fait que, pour parvenir à une solution durable dans cette région, il faut au préalable identifier les tireurs des ficelles du conflit.

Nombre de ces tireurs de ficelles sont des personnages peu recommandables qui manipulent aussi les milices locales. Le Nord-Kivu est en proie à la cruauté d'une kyrielle de groupes armés étrangers et nationaux. Certaines communautés locales ont leurs propres milices armées jusqu'aux dents.