Cameroun : Yaoundé au rythme des coupures d’électricité

Aux coupures, à nouveau récurrentes dans la capitale camerounaise, s’ajoute l’éventualité d’une augmentation du prix de l’électricité. Les consommateurs ne décolèrent pas.

Psychose générale dans la ville de Yaoundé ! La rumeur ne cesse d'enfler, « AES-Sonel va bientôt revoir à la hausse les tarifs d'électricité ». Et les consommateurs s'interrogent, amers et dépités. 

elect 70819Les intempéries empêcheraient une bonne fourniture d'électricité

 « Nous venons de passer 3 jours sans électricité. 3 jours au cours desquels nous avons perdu nos réfrigérateurs et nos provisions. Nous vivons comme des sinistrés et là ils parlent de hausse de tarif ? Pour qui nous prennent-ils ? Et comment peut-on augmenter le prix de quelque chose qu'on n'a pas ? » S'insurge Agnès Mpeck, habitante du quartier Ekoum-doum dans la partie nord-ouest de la capitale camerounaise. 

A Ekoum-doum comme dans de nombreux autres quartiers de la ville, les populations vivent au rythme du rationnement d'électricité. Ils parlent ici de délestage. « Nous sommes privés deux à trois jours par semaine d'électricité. Nous n'en pouvons plus, on dirait que nous sommes de retour au village. C'est vraiment insensé de devoir vivre de cette façon dans la capitale d'un pays qui se veut en voie de développement. » S'exprime Paul Ela, pasteur de l'Église Évangélique en poste à Emana à Yaoundé.

Il n'ya pas que les habitants de ces quartiers qui se plaignent. Fonctionnaires et opérateurs économiques sont au bout du rouleau. « Impossible de travailler, nous n'arrivons plus à respecter les délais. Depuis des semaines nous avons tout le temps des dossiers en suspens ce qui génère un énorme manque à gagner,» s'insurge madame Babaga, chef d'une agence de transfert d'argent.

Indignée par cette situation qui perdure et aussi par la rumeur au sujet d'une augmentation des tarifs d'électricité, la Ligue Camerounaise des Consommateurs (LCC) menace.

Son président Delor Kamseu s'étonne, dans un communiqué, qu'au lendemain de la mise en fonction de la centrale à gaz de Kribi, « de longues et désastreuses interruptions de fournitures d'énergie électrique continuent malgré les promesses qui avaient été faites par les pouvoirs publics. Cette situation peut à la longue entrainer des troubles à l'ordre public. »

Tandis que la population grogne, l'Agence de régulation du secteur d'électricité (ARSEL) veut tempérer les esprits. Son directeur général Jean Pierre Kedi reconnaît tout de même : « AES-Sonel a introduit une requête dans nos services en novembre 2013 demandant une augmentation des tarifs de l'électricité conformément au terme contractuel le liant à l'Etat du Cameroun. Nous n'avons pas encore officialisé notre travail. Nous sommes encore à la phase de consultation des associations des consommateurs. AES-Sonel nous a proposé des montants sur lesquels nous sommes en train de travailler.»

Dédommager

 Selon un responsable de la direction du contrôle économique et de la concurrence de l'ARSEL, dans le contrat qui lie AES-Sonel au gouvernement du Cameroun, il est stipulé que chaque année, l'entreprise doit introduire une requête d'ajustement des tarifs. Cette fois, elle propose une hausse de 15%. Mais du côté de l'ARSEL, on travaille à la réduire au maximum. « Nous avons reçu des instructions du gouvernement allant dans le sens de minimiser la hausse à sa plus simple expression. Nous pouvons aussi proposer à l'Etat de réduire la charge fiscale de AES-Sonel, ainsi ce ne seront pas les consommateurs qui paieront le prix, » dixit Jean Pierre Kedi, le directeur général de ARSEL.

Approché, les employés d'AES-Sonel, sous couvert d'anonymat, affirment qu'« il est normal dans une société d'augmenter ses tarifs périodiquement; » Un argument que réfutent les consommateurs « AES ne peut prétendre augmenter les tarifs alors que son service laisse à désirer. Dans un pays de droit, l'entreprise travaille à satisfaire le consommateur et ce n'est pas le cas d'AES-Sonel. Au vue de tous les désagréments que nous subissons, nous pensons même que c'est la société qui doit nous dédommager. »

Selon un rapport rendu public ces derniers jours par la direction générale d'AES-Sonel, les coupures actuelles d'électricité sont dues à des intempéries et à l'état défectueux du réseau de transport du courant électrique. Le courant est produit dans les centrales, mais son transport est mal assuré.

La Ligue des Consommateurs Camerounais appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités. Elle le met en garde contre un soulèvement populaire. En attendant, Yaoundé et la plupart des villes tournent au ralenti à cause des coupures intempestives d'électricité.