Crimes dans l'ouest de la Côte d'voire: "Le silence gardé de la CPI"

Au moment où se déroule à La Haye, le procès de Laurent Gbagbo, deux ONG ivoiriennes ont tenu une conférence le 9 février à Paris.

Au moment où se déroule à La Haye (Pays-Bas), le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, deux ONG ivoiriennes, l'Association des Ressortissants du Duékoué en France et en Europe (ARDEFE) et Solidarité Peuple Wê (SPWE) ont tenu une conférence de presse à Paris, le 9 février, dans le but ''d'informer l'opinion internationale sur les crimes commis dans l'ouest de la Côte d'Ivoire et le désarroi des victimes'' selon Martine Kei Vao, présidente de l'ARDEFE et coordonnatrice de SPWE. L'on parle même de crimes contre l'humanité et de génocide contre ce peuple de l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Crimes a7fdd(De G à D) Toussaint Alain, ex conseiller et porte parole du Président GBAGBO, Maître Habiba Touré, Avocat du collectif des Wê , Martine Keï Vao, Présidente Association des ressortissanrs de Duékoué en France, Maître Rodrigue Dadje, Avocat du collectif des Wê.

Depuis 2002, les populations civiles subissent, dans l'indifférence générale, des exactions en tout genre : assassinats, viols, mutilations, destructions, vols de biens et expropriations de terres. Des crimes commis en toute impunité puisqu'à ce jour aucun tortionnaire n'a été jugé. Ce qui est d'autant plus incroyable car la CPI, la Cour Pénale Internationale, est saisie de la situation depuis 2004. Luis Moreno-Ocampo, alors procureur, avait déclaré le 30 novembre 2011 que ''Justice sera faite pour les victimes ivoiriennes de crimes à grande échelle (....) L'enquête suit son cours. Nous continuerons de recueillir des éléments de preuves en toute impartialité et en toute indépendance, et nous saisirons la Cour d'autres affaires quel que soit l'affiliation politique des personnes concernées (...) Il apparaît que des crimes ont été commis dans les deux camps''.

Cinq plus tard, rien n'est encore fait et aucune poursuite engagée. Entre temps, Fatou Bensouda est devenue procureure et les 1073 victimes recensées continuent à attendre.''Pourquoi autant de précipitation lorsqu'il s'agit de certaines personnes et une inertie et un silence lorsqu'il s'agit d'autres personnes ?'' se demande Me Habiba Toure, membre du collectif des avocats des victimes. Allusion à peine voilée aux cas de l'ancien président et de l'ancien ministre, transférés au Pays-Bas en seulement 7 mois. ''Qu'est-ce qui fait que le bureau du procureur attend pour poursuivre ? Pourtant, elle a les éléments de preuves fournis par les ONG, le Groupe d'experts des Nations Unies et les victimes. Nous ne pouvons comprendre le silence gardé de la CPI '' s'insurge l'avocate.
 
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L'attitude la procureure étonne et scandalise d'autant plus que les victimes continuent à subissent les conséquences de ces crimes commis en 2002, 2004-2005, 2011 et 2012. Les victimes ont l'impression d'être en face d'une justice à deux vitesses, les laisser pour compte alors que les auteurs présumés de ces crimes sont connus de tous. ''C'est un génocide qui a été perpétré à l'encontre du peuple Wê. Tous les aspects ne laissent penser que tout est planifie, schématisé pour massacrer un groupe ethnique.
 
Le mode opératoire est partout le même : femmes enceintes éventrées, les hommes exécutés, enfants et vieillards massacrés aussi. Leur but était de faire disparaître le peuple Wê'' souligne Martine Kei Vao. Face à l'inertie de la CPI à instruire ce chapitre de la crise ivoirienne, les représentants des victimes, qui attendent d'être reçus par Mme Bensouda, alertent l'opinion internationale sur l'attitude plus qu'ambiguë de la procureure. ''Nous allons mettre madame la procureure face à ses responsabilité, elle qui se balade à travers le monde. Nous voulons des réponses et si elle a une vision sélective de la justice, plus préoccupée par sa carrière que par le sort des victimes qu'elle est sensée défendre, nous le saurons'' ajoute Me Habiba Toure.
 
Les représentants des victimes n'attendent rien des autorités ivoiriennes qui sont dans la logique de la ''justice des vainqueurs'', les tortionnaires ont tous été récompensés par le pouvoir ivoirien, qui leur a octroyé des promotions. Cette situation n'entame en rien le moral de ces hommes et femmes, déterminés à aller jusqu'au bout afin que justices soit rendue le plus rapidement possible. Ils espèrent trouver satisfactionavant la fin du mandat de Mme Bensouda en 2021. Même s'il n'y a pas de prescription en matière de crimes contre l'humanité, les victimes attendent depuis trop longtemps.