Une nouvelle chasse aux étrangers irréguliers lancée à Brazzaville

La nouvelle opération Mbata ya Bakolo vise les étrangers illégaux originaires notamment de l’Afrique de l’Ouest. Elle serait plus motivée par des raisons financières.

Le directeur général de la police congolaise le général Jean-François Ndenguet a relancé ce mercredi à Brazzaville l'opération « Mbata ya Bakolo » visant à reconduire aux frontières tous les étrangers résidant irrégulièrement au Congo. Dans une communication, le patron de la police a demandé à la population de signaler la présence de tous les étrangers qui habitent dans leur quartier.

cg jean francois ndenguet 55fceLe général Jean-François Ndenguet

L'opération vise directement les ressortissants des pays africains notamment le Mali, le Nigeria, le Sénégal. Il y a aussi le Cameroun et la Mauritanie. Des pays dont les ressortissants détiennent d'importants commerces dans la capitale congolaise. D'autres nationalités ciblées au cours de cette opération dont la durée n'a pas été communiquée par les autorités, sont les Ivoiriens, les Burkinabè, les Tchadiens et les Rwandais arrivés massivement à Brazzaville après le génocide de 1994.

Le général Ndenguet a prévenu : il sera « très implacable » à l'endroit des étrangers illégaux. Conséquences : depuis la semaine dernière, les bureaux de la direction d'immigration sont pleins à craquer, pris d'assaut par des sans papiers qui tiennent à se mettre en situation régulière. D'autres y viennent aussi pour retirer des documents déclarés et payés depuis des mois. « Cela fait six mois que je viens ici retirer ma carte de séjour après avoir payé 240.000 francs CFA (NDLR : environ 365 euros), mais rien n'est toujours prêt », se lamente Salif, un ressortissant sénégalais.

Dans les ambassades et consulats des pays concernés, un monde fou a également été observé ce mercredi à Brazzaville. « Nous venons nous enregistrer d'abord et obtenir une carte consulaire à 25.000 francs CFA (NDLR : environ 38 euros). Il y a trop de gens, il faut être patient », indique Maï, une Malienne.

Trésorerie

D'après les services d'immigration, près de 500.000 étrangers séjournent au Congo et plus des deux tiers ne seraient pas en règle. Le pays compte une population de 4,2 millions d'habitants. Une source policière explique que cette opération est motivée par les actes de banditisme, de vols et de viols enregistrés dans les quartiers populaires. D'autres étrangers notamment ceux de la communauté libanaise seraient artisans de pratiques mafieuses tel le blanchissement d'argent. Ils seraient aussi responsables de diverses violations d'intégrité physique des Congolais qu'ils emploient comme agents de commerce ou techniciens de surface.

Mais ces faits sont moins saillants que ceux qui avaient motivés en avril dernier le lancement de l'opération Mbata ya Bakolo, explicitement dirigée contre les ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC), responsables, selon la police congolaise, d'assassinats, de braquages et de viols. « Les étrangers non suivis par les services de police représentent un danger pour la population. Ils sont des fumeurs de chanvre et commettent de nombreux forfaits », a déclaré le général Ndenguet.

Certains observateurs estiment que le déclenchement de cette opération, autorisée depuis le 3 janvier par le ministère de l'Intérieur, est simplement motivée par des raisons financières. Avec les tensions de trésorerie actuelles où le Congo subit de plein fouet les effets de la chute du baril de pétrole, le ministère des Finances serait réfractaire aux dépenses colossales de la Police. Ainsi, elle déclencherait cette opération dans le but de renflouer les caisses, commente un agent du Trésor public.

Une opération similaire avait en effet eu lieu en 2012. Quelques ressortissants irréguliers de l'Afrique de l'ouest avaient été détenus puis expulsés vers leurs pays. La plupart avaient cependant obtenu contre d'énormes liasses de billets les largesses des agents de l'immigration. Ils continuent de résider au Congo, parfois sans titre de séjour.