L'émigration clandestine en Tunisie

Le business des embarcations de fortune continue, sur l’une des routes les plus meurtrières du monde où s'échoue le rêve de jeunes migrants.

Bien que le phénomène de l'immigration clandestine existe avant le 14 janvier 2011 en Tunisie, le sujet a pris de l'ampleur après la Révolution, suite à l'organisation de plusieurs voyages clandestins vers l'Italie. Les frontières maritimes délaissées par les garde-côtes, ont incité les passeurs à multiplier les départs sans aucune considération pour leur sécurité.

tn emmigration 9a137Des familles sans nouvelles de leurs proches

Aucun chiffre précis concernant l'immigration des Tunisiens par voie maritime n'a été rendu public par les autorités tunisiennes ou les organisations internationales malgré la multiplication des sit-in et manifs, dans les différentes régions du pays, pour tenter d'attirer l'attention des autorités tunisiennes sur la délicate question des migrants disparus.

Des familles des victimes de plusieurs naufrages se sont rendues à maintes reprises devant le ministère tunisien des Affaires étrangères afin d'obtenir des informations sur le sort de leurs proches.

Quatre ans après la Révolution, les drames qui ne cessent de se produire au creux des vagues méditerranéennes ne semblent point dissuader les jeunes qui veulent conquérir le Vieux Continent.

Sfax, ville portuaire de l'est de la Tunisie, représente une importante zone de départ et de transit pour les candidats à l'immigration irrégulière vers l'Europe, Zarzis également, ville littorale du sud-est où plusieurs trafiquants connaissent les ficelles du trafic et cherchent à en bénéficier, en contribuant à l'une de ses phases.

Législation

L'émigration clandestine en Europe à partir de la ville de Zarzis ne nécessite qu'une embarcation solide et un marin ayant des connaissances élémentaires en navigation. Plus de 6.000 jeunes zarzissiens ont déjà fait l'expérience depuis la révolution. Il suffit de payer 1000 euros. En dépit du prix élevé à payer, les parents vendent bijoux ou oliviers pour permettre à leurs enfants de partir en Europe.

Les trafiquants ou plus exactement les « passeurs » opèrent dans le cadre de réseaux. Les migrants vont d'un passeur à un autre jusqu'à ce qu'ils se retrouvent sur l'embarcation. Dans ces deux villes tunisiennes, des passeurs se sont constitués de véritables fortunes. Certains se sont fait construire des demeures et possèdent des voitures de luxe.

Fort heureusement la législation tunisienne s'est durcie au cours des dix dernières années. Les migrants clandestins arrêtés risquent entre 15 jours à six mois de prison. Quatre ans de détention et 5000 euros d'amende attendent aussi ceux qui hébergent des clandestins ou leur fournissent un moyen de transport. Ceux qui s'abstiennent de signaler des départs illégaux sont considérés comme complices et risquent eux aussi la prison.