Sénégal: évaluation de la lutte contre l'excision

Au Sénégal, le plan d’action national pour l’accélération de l’abandon de l’excision arrive à son terme. L'heure est au bilan.

Dans le cadre de son évaluation, la direction de la Famille, en partenariat avec la direction de la Jeunesse et avec l'appui de l'Unicef/Unfpa, a annoncé que le pays "est sur la bonne voie dans la lutte contre les mutilations génitales féminines".

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Selon les déclarations de la représentante résidente de l'Unfpa/Sénégal, Andréa Wojnar Diagne, la proportion de femmes âgées de 15 à 49 ans déclarant avoir été excisée est passée de 28 % en 2005 à 26% en 2011 et à 25 % les années suivantes, avec toutefois des disparités régionales. Ces chiffres sont issus de l'enquête démographique et de santé continue.

En ce qui concerne les enfants de 0 à 14 ans, le taux de prévalence est de 13 %. Concernant les régions du Sénégal les plus touchées par le phénomène, celles du sud arrivent en tête avec 69 % de femmes excisées âgées de 15 à 49 ans contre 30 % au nord, 17 % à l'ouest et 6 % au centre. Soit une représentation totale de 25 %. Toutefois, les régions à fort taux de prévalence restent celles de Matam, Saint-Louis, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor.

"Le changement de normes sociales nécessite une mobilisation de tous les acteurs à travers une approche intégrée, holistique et multisectorielle", déclare la directrice de la Femme, Coumba Thiam Ngom. Ainsi, elle a précisé que 6.176 communautés au Sénégal ont déclaré avoir abandonné la pratique de l'excision contre 5.934 auparavant. En effet, une étude appuyée par le programme conjoint sur l'excision montre que la proportion de mères ayant au moins une fille excisée est passée de 20 % en 2005 à 6% actuellement. "Cela signifie que les filles subissent de moins en moins la pratique de l'excision, comparée à leurs mères. Et, ces dernières renoncent petit à petit à exciser leurs filles," avance-t-elle .

Menace toujours persistante

La résolution 69/150 adoptée par l'assemblée générale des Nations-Unies le 18 décembre 2014 vise l'intensification de l'action mondiale pour éliminer les mutilations génitales féminines. Car dans le monde, plus de 130 millions de femmes et de fillettes ont subi une excision.

Chaque année, informe la représentante résidente du Fonds des Nations-Unies pour la population (Unfpa), Andréa Wojnar Diagne, environ 3 millions de filles dans le monde subissent la pratique. "Si cette tendance perdure, près de 86 millions de filles y seront soumises d'ici à 2030", souligne-t-elle.

Les estimations et les analyses réalisées par le programme conjoint prouvent que même si ces pratiques sont généralement en perte de vitesse, 15 millions de filles risquent d'être victimes de l'excision d'ici à 2020 à cause principalement de la croissance démographique rapide. Cette pratique s'adosse sur un ancrage culturel et parfois même au nom de la religion. "L'excision est une norme sociale profondément ancrée dans la tradition que les mères s'évertuent à perpétuer de génération en génération", regrette la représentante de l'Unfpa.