Gabon: un syndicat interdit d’activité de grève par le ministère de l’Intérieur

En grève depuis plusieurs mois, la Conasysed vient de se voir interdire par le ministère de l’Intérieur, toutes activités de grève.

Au Gabon, cela fait plusieurs mois que le secteur de l'Education national vibre au rythme des grèves. L'accentuation du phénomène qui a pris aujourd'hui des proportions dramatiques paralyse tout le système éducatif national.

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Plus touché par le phénomène, l'enseignement public en pâtit. Seules les établissements d'enseignement privé fonctionnement normalement. Les établissements publics accumulent jusqu'à deux mois sans cours. D'autres fonctionnent à deux vitesses : un jour, avec cours et un autre, sans cours.
 
Pour les enseignants impossibles de reprendre le chemin des cours tant que le gouvernement n'honore pas ses engagements. Ils appellent notamment le gouvernement à se conformer aux Etat généraux de l'Education nationale organisés en 2010 et à respecter les conclusions de la commission ad hoc du dialogue sociale d'Angondjé qui recherche le juste milieu pour l'éducation gabonaise.
 
Primes d'incitation à la performance (Pipe), primes d'incitation à la fonction d'enseignant (Pife), régularisation de la situation administrative des enseignants du pré-primaire, du secondaire et de l'enseignement normal, construction des écoles et équipement de salles de classe... Les enseignements étalent une longue liste dont les revendications relèvent des années 90.
 
Sortie de crise
 
Pratiquement deux semaines sur quatre les enseignants tenaient des rencontres pour faire le point sur l'évolution de leur situation. Le 11 mars dernier, alors que plus de 800 enseignants ont vu des jours avant, leurs salaires être coupés par le gouvernement faute de présence au travail, la Dynamique unitaire (DU), la Conasysed, le Syndicat de l'éducation (Sena) et le groupe d'étudiants conscients ont signé sous la houlette de l'ONG Educaf, le « plan Oulabou pour une sortie de crise ».
 
Dans leur démarche, ils s'étaient arrogés le droit de décréter la date du 20 mars comme date ultime pour déclarer l'année blanche. Pour eux, le retard accumulé est énorme et impossible à rattraper durant les trois mois restants. Si le gouvernement et la représentation nationale de l'Unesco ne se sont pas prononcés sur la question, il reste que leur démarche doit être analysée de manière objective.
 
Interdiction d'activité de grève
 
Alors qu'une réunion interministérielle a été organisée, il y a quelques jours pour trouver une solution aux problèmes de l'éducation, celle-ci s'en suit d'une interdiction à la Conasysed de toutes activités de grève venant du ministère de l'Intérieur. Les chefs d'accusation formulés dans la décision du ministère : des troubles à l'ordre public, entrave à la liberté de travail, violences et voies des faits.
 
A Libreville, certains voient en cette décision une tentative du gouvernement de contrecarrer le plan d'année blanche du syndicat qui prend effet ce 20 mars. En effet, analysent certains, comment expliquer que c'est à moins de trois jours que cette décision tombe alors que le mouvement d'humeur des enseignants perdure depuis des mois ?
 
Sans grand étonnement, cantonnée sur sa position, la Conasysed en réaction à l'annonce du ministère de l'Intérieur a dit poursuivre sa grève. « Cette décision constitue un vice de forme, dont la teneur est nulle et non avenue, en raison du fait qu'une décision ministérielle ne peut être au-dessus des conventions internationales qui disposent que les syndicats ne peuvent être l'objet de dissolutions ou de suspensions par voie administrative, » explique le syndicat dans une déclaration.