Sénégal : Djibo Ka, grand serviteur de l'État, est décédé

L'ancien ministre d'État sénégalais, nous a quittés à l'âge de 69 ans. Il présidait la Commission nationale du dialogue des territoires (Cndt)

Témoignages
La république entière a tenu à faire part de sa peine suite à l'annonce de la nouvelle. C'est en premier le chef du protocole de la présidence de la République qui s'est rendu à la clinique Madeleine. Le très discret Bruno Diatta a tenu à rendre hommage à un ami, quelqu'un avec qui il a cheminé au lycée. Celui qui a servi les présidents du Sénégal de Léopold Sédar Senghor à Macky Sall a fait un bref témoignage sur le défunt président de la Commission nationale de dialogue des territoires (CNDT). "Sa disparition laissera un très grand vide dans le landerneau politique. Nous sommes entrés ensemble au lycée Van Vollenhoven (actuel Lamine Gueye), de la 6e à la terminale", a dit Bruno Diatta.
 
Le président de la République Macky Sall a également présenté ses "condoléances émues" à la famille de Djibo Leyti Ka. Dans un communiqué, le président Macky Sall écrit que le nom du défunt "est intimement lié à notre histoire politique de ces cinquante dernières années, l'homme ayant assumé, avec constance et passion positive, les plus hautes charges de l'Etat".
 
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Ousmane Tanor Dieng, actuel secrétaire général du parti socialiste (le parti de Léopold Sedar Senghor) auquel Djibo Ka avait appartenu, va dans le même sens : "C'était un homme politique chevronné. Un homme d'État avéré qui a été moulé au service de l'État. Il aimait son pays. Il voulait le dialogue. C'est une perte énorme pour notre pays. Il voulait qu'il y ait une retrouvaille entre les hommes et le gouvernement. Son dernier souhait était que tout le monde se retrouve. Et je pense que son vœux sera exhaussé pour l'intérêt du Sénégal"
 
Une bonne étoile
Homme d'État, Djibo Leity Kâ a marqué l'histoire politique et administrative du Sénégal pour avoir occupé, très tôt, des responsabilités d'abord sous Léopold Sedar Senghor, ensuite ses trois successeurs. Grand commis de l'État comme en témoignent les différentes interventions des hommes politiques et membres de la société civile, Djibo Leity Kâ était un cadre ayant fait toutes ses études dans le pays. Ancien du célèbre lycée Van Vollenhoven de Dakar, devenu Lamine Guèye, Djibo Kâ a eu comme condisciples l'actuel directeur du Protocole de la présidence, l'ambassadeur Bruno Diatta, l'ancien ministre Ousmane Paye, le Docteur Alioune Sarr, président du Comité National de Gestion (CNG) de la lutte, etc... Après sept années passées à Van Vo (surnom donné au lycée à l'époque), il intégra l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) où il dirigea le Mouvement des étudiants et élèves de l'Union progressiste sénégalais (UPS) ancêtre du Parti socialiste. Il fut un militant engagé mais surtout courageux qui implanta le parti dans l'espace universitaire malgré les mouvements estudiantins qui ont marqué l'année 1968.
 
Sa licence à la Faculté des Sciences juridiques et économiques de l'UCAD obtenue, il entra à l'ex-École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM), d'où il est sorti avec le brevet d'Administrateur civil. A l'Ucad et à l'ex-Enam, il eût dans sa promotion d'actuels éminents cadres de la République dont l'actuel Grand Serigne de Dakar Abdoulaye Makhtar Diop, le président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) Ousmane Tanor Dieng, entre autres... Son premier poste dans l'administration fut l'ex-région du Fleuve devenue Saint-Louis où il sera nommé adjoint du gouverneur chargé du développement.
 
Carrière politique
Au fait des qualités d'intellectuel de celui qu'on appelait affectueusement "le petit berger peul", en référence à ses origines nomades, le président Léopold Senghor appela Djibo Ka à ses côtés pour seconder l'actuel président de l'Assemblée nationale, Moustapha Niasse alors directeur de cabinet du chef de l'État. Après la présidentielle de 1978, il sera promu directeur de cabinet du président Senghor en remplacement de Moustapha Niasse nommé ministre de l'Urbanisme, de l'Habitat et de l'Environnement. Au départ du président Senghor, le 31 décembre 1980, Djibo Leity Kâ sera le ministre de l'Information du Sénégal, porte-parole du gouvernement, dirigé par Habib Thiam alors Premier ministre du président fraîchement installé Abdou Diouf.
 
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Pendant près de huit années, il dirigea le département de l'Information puis fut en charge des Postes et Télécommunications. C'est sous son ère que l'ancienne société Télésénégal deviendra Sonatel, la première société du pays. Du ministère de l'Information, il sera affecté au département Plan et Coopération. Il lança le Projet urbain qui conduira plusieurs grands travaux dans la capitale. Après le ministère du Plan, le département de l'Éducation nationale l'accueille avant qu'il n'atterrisse au ministère des Affaires étrangères avec le rang de ministre d'État. Son dernier poste sera le ministère de l'Intérieur où son passage sera marqué par l'assassinat des 6 policiers sur le boulevard du général De Gaulle. Un département qu'il quitta après son départ du Parti socialiste où il anima un courant avec certains de ses amis...
 
A l'issue du congrès du PS en 1996, dit sans débat, qui avait intronisé Ousmane Tanor Dieng au poste de Premier secrétaire, Djibo Kâ et ses amis mirent sur pied l'Union pour le Renouveau Démocratique (URD) qui participa aux législatives de 1998 où son parti obtint 11 députés. Depuis, c'est la rupture avec son parti d'origine, le PS. Candidat à la présidentielle de 2000, il termina à la quatrième place. Une année 2000 qui sera marquée par sa prise de position appelant à soutenir Abdou Diouf au deuxième tour d'où la scission de l'URD avec la création de l'URD/Fal (Fal = élire, en wolof) qui se rangea du côté de d'Abdoulaye Wade.
 
En 2006, il entra à nouveau au gouvernement, sous l'ère Wade cette fois, conduit par Macky Sall, premier ministre d'alors, avec le poste de ministre d'État, ministre de la Pêche puis de ministre d'État, ministre de l'Environnement jusqu'en 2012. En 2015, en bon républicain, il répondit à nouveau au président Macky Sall qui lui confia la Commission nationale du dialogue des territoires (CNDT), son dernier poste avant de tirer sa révérence.