Sénégal: à la découverte de la réserve de Katané

Avec ses milliers d'hectares, l’enclos de Katané est un paradis pour les espèces en voie d'extinction. Ils y retrouvent une seconde vie.

Se rendre dans la région de Matam, dans le nord, sans visiter la réserve de faune du Ferlo nord ou encore l'enclos de Katané, c'est comme voyager pour rien. Située à 30 km au nord de la ville de Ranérou, cette merveille, perdue au plein milieu du Ferlo et presque méconnue des Sénégalais, n'est pas facile d'accès.

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La réserve plus connue sous le nom d'enclos de Katané a été créée par le gouvernement vers les années 2000 pour faire face à certaines menaces, comme la désertification, le surpâturage, la destruction de l'habitat... Jadis gérée par la direction des Eaux et Forêts, la réserve est une aire protégée créée en 1972 qui a été confiée à la direction des Parcs nationaux. « Pour protéger la faune et augmenter certaines espèces, explique le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, conservateur de la réserve, la chasse a été fermée dans la zone. Avec le rattachement de la réserve aux parcs nationaux, un programme de réintroduction d'espèces a été lancé avec l'appui de partenaires comme la Coopération espagnole. »

Les oryx, une véritable attraction

Après avoir franchi la porte principale, deux petits enclos se font face. Celui d'acclimatation sur un rayon de 5 ha et celui d'observation sur une superficie de 0,9 ha dédié aux animaux blessés. Après la traversée des deux enclos, nous voilà à l'intérieur du grand enclos de Katané.

Dix-huit oryx algazelles acclimatés en premier lieu à la réserve spéciale de faune de Gueumbeul (Saint-Louis) y ont été introduits en 2003 pour leur permettre de s'acclimater à leur nouvel environnement. Cette translocation s'inscrit dans un programme à long terme pour la restauration du patrimoine faunistique pour préparer la réintroduction de l'oryx dans la nature.

Pas besoin de jumelles pour les apercevoir. Regroupés en groupes mixtes de plusieurs dizaines d'individus, ces mammifères proches de l'antilope sont reconnaissables à leur pelage court et blanchâtre, à l'exception de la poitrine et du bout de la queue, qui sont de couleur fauve. De loin, on peut bien les contempler avec leurs belles et longues cornes incurvées vers l'arrière qui dépassent parfois le mètre. Très craintives, ces bêtes sont toujours sur leur garde, prêt à détaler au moindre mouvement suspect. Au début, ils étaient une communauté de dix-huit. Aujourd'hui, le troupeau d'oryx s'est considérablement agrandi pour arriver à un stock de plus de 300 individus. "C'est rare de trouver un tel nombre d'oryx en semi-captivité. C'est une première même dans la sous-région et une fierté pour notre pays", se réjouit le capitaine Fall.

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Outre les oryx algazelles, on trouve à Katané des gazelles dorcas. Difficile d'apercevoir ces bovidés très craintifs du fait de leur sensibilité. Les gazelles dorcas avaient complètement disparu de leur milieu naturel, victimes de la chasse intensive. Le Sénégal, avec l'appui de partenaires, a mis en place un programme d'élevage pour assurer la survie de ces bovidés en semi-captivité et fournir des individus aptes à la réintroduction. Depuis, 23 gazelles exploitent leur nouvel habitat en compagnie d'autres espèces telles que les gazelles dama mhorr également en danger d'extinction.

La tortue sulcata, l'une des plus grosses espèces de tortue terrestre a aussi été réintroduite dans l'enclos. À Katané, ces reptiles originaires des savanes arides du Sahel sont dans des terriers numérotés.

Un enclos à réhabiliter

La réintroduction de certaines espèces disparues de la zone a connu un certain succès et la flore s'est rapidement régénérée, mais les défis restent nombreux.

Au Sénégal, il existe une trentaine de réserves, parcs et aires marines, tous protégés. Ils sont tous sous la responsabilité de la direction des parcs nationaux et réserves naturelles, mais sont peu visités. Même si le tourisme est la deuxième source de devises du pays (300 milliards de francs FCFA) après la pêche et constitue le premier pourvoyeur de revenus dans certaines localités, les réserves et autres parcs ne bénéficient pas de cette manne. Le développement de l'écotourisme devient donc urgent.

Le développement de l'écotourisme constitue une opportunité d'implication des populations à la gestion des aires protégées et de leur périphérie en vue de contribuer au développement local, il résulte de la convergence de deux tendances. La première provient de l'évolution d'une préservation pure et dure vers une conservation intégrant la valorisation des ressources, et le développement économique. Les aires protégées doivent être rentables mais en plus leur conservation, les populations rurales dépendantes des ressources naturelles doivent être intégrées.

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La seconde tendance est un énorme changement dans la manière dont les gens prennent leurs vacances. Il y a une demande croissante d'un tourisme d'aventure, de nature, mais où l'on participe, on apprend au sujet des écosystèmes, des espèces en danger, des méthodes de conservation.

Pour ce qui est de la réhabilitation de l'enclos de Katané, le financement est déjà acquis. Des partenaires se sont engagés à soutenir le projet, se félicite le capitaine Fall. Le démarrage des travaux de réhabilitation de l'enclos est prévu à la fin de l'hivernage.

Enfin, l'un des défis que souhaite relever le capitaine Fall et son équipe, est l'introduction d'autruches. "Nous avons vu des autruchons. Lors de ma dernière mission de suivi écologique, j'ai vu des nids d'autruches et des traces fraiches d'autruchons, des plumes", déclare-t-il.

Tout cela prouve, selon lui, que l'autruche est dans le Ferlo. "Ce qu'il y a lieu de faire, c'est d'avoir une population dans l'enclos et en faire une multiplication pour qu'elle puisse atteindre un certain niveau avant d'envisager des lâchers", déclare-t-il, plein d'espoirs pour "sa" réserve.