Sénégal: Magal de Touba, un attrait économique et social

Le Magal de Touba, célébrant le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba le 18 Safar du calendrier lunaire, est commémoré depuis mercredi.

Le Magal est au Sénégal ce que le pèlerinage à la Mecque est à l'Arabie Saoudite, en termes d'apport et d'impact économique. Bon nombre d'entreprises ont hâte d'arriver à cet événement qui, autant religieux que foire commerciale et économique, leur est parfois vital car, "pouvant en tirer leur chiffre d'affaires annuel jusqu'à hauteur de 60 % ". Le secteur du commerce est sans doute le mieux garni en cette période de fortes transactions financières où Touba se transforme en une véritable foire internationale.
 
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En trois jours, le Magal de Touba a drainé 240 milliards de francs CFA à l'économie nationale lors de l'édition 2016. Le plus grand rassemblement religieux en dehors de la Mecque (4,12 millions de pélerins ) est une aubaine pour le pays. Ce chiffre est composé de 3,16 millions de voyageurs et des 956 000 personnes vivant à Touba et dans les autres villes et villages du département de Mbacké. Des enquêteurs postés aux différentes entrées de Touba ont estimé le nombre de véhicules venus à Touba pour le Magal à 132 540 y compris les rotations contre 110 104 en 2011, soit une hausse de 22 436 véhicules.
 
Ces chiffres sont donnés par l'Institut de recherches "Emergence" dirigé par l'économiste de la primature sénégalaise Moubarak Lo. Cette estimation sur le nombre de voyageurs qui ayant rallié la ville sainte lors du Magal précédent est obtenue à la suite d'une enquête menée par le comité d'organisation du Magal, sur le comptage des véhicules entrant à Touba durant le Magal. Quant au chiffre sur le nombre de personnes vivant dans le département de Mbacké, il est tiré de l'exploitation des résultats du recensement général de la population effectué par l'Agence Nationale de la Statistique et de la démographie en 2013.
 
Toujours selon l'étude de Moubarak Lo, " chaque pèlerin mobilise 76.000 francs CFA en moyenne pour le Magal. Cette somme est destinée pour 26.000 francs en contribution à la famille d'accueil ou le Dahira, 16.000 francs pour les Hadiyas (dons aux marabouts), 34.000 francs restant pour les dépenses personnelles : habillement, coiffure, frais de transport, unités téléphoniques et articles religieux. Durant le Magal, les ménages consomment 45.000 francs CFA par jour environ, soit quinze fois plus qu'en temps normal où la dépense quotidienne par foyer est de 3000 francs CFA. "
 
Retombées pour le formel et l'informel
 
La ville sainte de Touba devient durant le Magal le carrefour économique et le point de convergence du business sénégalais. L'activité économique de Dakar ralentit, en faveur de la ville religieuse qui accueille les marchands ambulants. La plupart de ces commerçants qui convergent vers Touba, viennent de Dakar, Kaolack, Diourbel, et Thiès, mais aussi des pays limitrophes comme la Guinée, la Gambie et la Mauritanie.
L'activité commerciale du Magal, se situe aux alentours du quartier Touba mosquée, lieu de rendez-vous de milliers de pèlerins "qui font des emplettes, après avoir visité le mausolée du fondateur du mouridisme". Ce qui fait que la commémoration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba est la meilleure période de vente pour les commerçants de nattes, ustensiles de cuisine, eau minérale et glace, sodas, jus de fruits, entre autres.
 
L'économie du Magal ne bénéficie pas seulement au secteur informel. Mais dans ce secteur il est noté que plusieurs semaines avant l'évènement, il est quasi impossible de trouver des ouvriers (maçons, menuisiers, plombiers électricien...), note l'économiste Moubarak Lo. Le Magal est, pour l'économiste, un évènement pourvoyeurs d'emplois. C'est une période très propice pour les éleveurs. Touba durant le Magal engloutit des tonnes et des tonnes de viande de bœufs, moutons, chèvres et même chameaux et poulets.
 
Le formel bénéficie de l'économie générée durant le Magal. D'ailleurs, à l'approche de l'évènement, la plupart des entreprises mettent en place un dispositif spécial pour faire face à l'accroissement des commandes. Ces entreprises que sont les banques, les services de transfert d'argent, les opérateurs de téléphonie, les usines agro-alimentaires, etc. se déplacent sur la ville de Touba pour fidéliser la clientèle par l'offre de service.
 
Les transporteurs se frottent les mains
 
Le Magal est propice aux bonnes affaires pour les transporteurs. Même si récemment, dans des sorties médiatiques, ces derniers soutenaient ne pas augmenter les prix, pour l'édition 2017, il est clair que la forte demande a engendré la hausse des prix. Le chiffre d'affaires des professionnels du transport double durant le Magal.