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dimanche 22 avril 2018

Israël : la prison et non l’expulsion

CONTENNNTSTSH DIH DSHDS

Les milliers d’Érythréens et de Soudanais entrés illégalement dans le pays et qui n’ont pas de demande d’asile en cours d’instruction doivent partir d’ici le 1er avril 2018

Aux abords du centre de rétention d’Holot dans le sud d’Israël, les migrants africains menacés d’expulsion sont catégoriques : plutôt finir en prison qu’être envoyés dans un pays inconnu. Israël se prépare à expulser des milliers d’Érythréens et de Soudanais entrés illégalement dans le pays et qui n’ont pas de demande d’asile en cours d’instruction. Il leur donne le choix : partir d’ici au 1er avril –soit pour leur pays d’origine soit pour un pays tiers– ou bien aller indéfiniment en prison. Le gouvernement garde secret le nom du ou des pays avec lesquels il se serait entendu pour accueillir les migrants qui seraient chassés d’Israël. Les organisations d’aide aux migrants parlent de l’Ouganda et du Rwanda.

Les autorités ont commencé ces derniers jours à distribuer des imprimés aux migrants d’Holot et à ceux qui se présentaient aux services de l’administration pour renouveler leur permis de séjour de deux mois. Pour le moment, le document s’adresse aux hommes seuls. Ils ont 60 jours pour quitter Israël vers un pays « sûr » qui affiche « un des plus forts taux de croissance d’Afrique » et qui leur permettra de travailler, dit-il. Israël leur paie l’avion et ils recevront 3.500 dollars à leur départ à l’aéroport. Auprès du centre d’Holot, une structure recevant actuellement 1.200 migrants mais censée fermer le 1er avril, les intéressés assurent qu’ils préfèrent encore la prison à un nouveau voyage dans l’inconnu, a fortiori au Rwanda ou en Ouganda où ils ne peuvent imaginer une vie meilleure. « Je n’irai pas la-bas », proclame Abda Ishmael, un Erythréen de 28 ans, dans un hébreu parfait.

11 demandes d’asile acceptées

« Les gars qui sont allés au Rwanda et en Ouganda, on a vu ce qui leur est arrivé », explique-t-il, évoquant les récits de migrants déjà partis par le passé et menant une vie misérable… ou pire. En vérité, ces migrants, face aux conditions dans leur nouveau pays d’accueil, repartent souvent avec l’espoir d’atteindre l’Europe, par des routes dangereuses. « On sait que des gens ont été tués sur le chemin de la Libye, que d’autres sont morts de faim ou de soif dans le désert », dit Abda Ishmael, arrivé en 2011 d’Erythrée en Israël au prix d’un périple jalonné d’épreuves. Le plan du gouvernement, considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, a suscité une large réprobation, de la part de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), d’intellectuels ou de médecins. Des survivants de l’Holocauste ont souligné que leur pays avait le devoir de protéger les migrants.

Les responsables israéliens assurent qu’aucun demandeur d’asile ou migrant ayant obtenu le statut de réfugié ne sera expulsé. Mais le rythme d’octroi de ce statut est particulièrement lent. Selon le ministère de l’Intérieur, 42.000 migrants africains vivent en Israël, dont la moitié d’enfants, de femmes ou d’hommes qui ont des familles et ne sont pas menacés par l’échéance du 1er avril. Mais sur les 15.400 demandes d’asile enregistrées à ce jour, 6.600 ont été traitées et onze seulement ont reçu une réponse favorable.

‘Pays de mort’

Un millier de Soudanais originaires du Darfour ont par ailleurs obtenu un statut spécial qui les met à l’abri de l’expulsion. Mais tous les hommes seuls qui n’ont pas soumis de demande d’asile, ou dont cette demande a été rejetée, sont expulsables. Ces immigrés sont arrivés très majoritairement après 2007. La frontière alors poreuse avec l’Egypte a depuis été rendue quasiment hermétique, mettant fin aux passages clandestins. Les migrants se sont installés en nombre dans le sud de Tel-Aviv, travaillant volontiers à la plonge ou dans les cuisines des restaurants. Cette coexistence a causé des frictions avec les Israéliens. Des responsables religieux et conservateurs ont présenté la présence de ces musulmans ou chrétiens comme une menace pour l’identité juive d’Israël.

Les partisans du plan assurent que le Rwanda ou l’Ouganda offrent des garanties suffisantes. Mais pour Shishay Tewelde Medihin, un autre Erythréen de 24 ans, le Rwanda et l’Ouganda sont des « pays de mort ». « Israël me vend pour 5.000 dollars », déclare-t-il, en faisant allusion aux informations sur la somme qu’Israël verserait aux pays tiers pour chaque migrant accueillis. « Je resterai dans la prison de Saharonim (en Israël). Je n’irai pas dans un pays qui ne me reconnaît pas » comme réfugié, prévient-il. « Au moins à Holot ou à Saharonim, je ne me fais pas tuer ou violer », abonde Abda Ishmael.

L’un et l’autre ont le mal de leur pays qu’ils disent avoir dû fuir en raison de la dictature en place selon eux. « Si les choses s’amélioraient là-bas, je ne resterai pas une minute de plus ici. Je me languis de mon pays, de ma mère, de mon peuple », confie Shishay Tewelde Medihin, « je ne voulais pas devenir un réfugié ».

Maroc: l’UA se penche sur l’intégration des migrants en Afrique

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L’Afrique du Sud arrive en tête des destinations d’accueil sur le continent avec 3,1 millions de migrants africains, suivie de la Côte d’Ivoire (2,1 millions) et du Nigeria (1,9 millions)

Une quinzaine de ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine (UA) se sont réunis à Rabat pour élaborer un « agenda africain sur la migration », centré notamment sur l’intégration des migrants sur ce continent. Les résultats de cette « réflexion collective » seront présentés lors du prochain sommet de l’Union africaine, prévu fin janvier à Addis Abeba, a précisé le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita à l’ouverture des travaux.

La migration en Afrique est essentiellement intra-africaine : 80% des migrants originaires de pays d’Afrique choisissent une destination du continent, seulement 12% parvenant en Europe. L’Afrique du Sud arrive en tête des destinations d’accueil sur le continent avec 3,1 millions de migrants africains, suivie de la Côte d’Ivoire (2,1 millions) et du Nigeria (1,9 millions). « L’intégration des migrants et le partage des responsabilités en matière de gestion des frontières, d’intégration et de réintégration, seront quelques-uns des volets majeurs de l’agenda africain sur la migration », a déclaré le ministre marocain lors de cette conférence ministérielle.

La rencontre, qui a réuni une quinzaine de représentants des différentes sous-régions du continent, s’inscrit dans le cadre du mandat panafricain confiée en mars au roi Mohammed VI pour élaborer une « vision commune » sur le programme migratoire de l’organisation panafricaine. Le Maroc, qui a réintégré l’UA début 2017, préconise une migration intra-africaine ordonnée. « Nous devons mettre la migration régulière au service du développement socio-économique du continent (…) La politique migratoire ne peut se fonder uniquement sur les impératifs sécuritaires », a plaidé pendant les débats Mamadi Touré, ministre guinéen des Affaires étrangères et président du Conseil exécutif de l’UA.

Pour la Sud-africaine Maite Nkoana-Mashabane, « la meilleure ressource est notre capital humain, jeune et prometteur, d’où la nécessité de conjuguer les efforts afin de l’inciter à travailler en faveur du continent et à participer activement à son développement ». Pour Mamadi Touré, « la lutte contre la migration irrégulière nécessite l’implication de tous les acteurs (…) en joignant nos efforts nous pourrons mettre en œuvre une stratégie viable et assurer un meilleur avenir à la jeunesse africaine », a-t-il dit. La question migratoire a été un des grands sujets du dernier sommet UE-UA qui s’est tenu fin novembre à Abidjan, alors que les Européens cherchent à limiter l’afflux de migrants et réfugiés sur son territoire.