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L’Afrique du Sud a décrété un deuil national pour les funérailles de la très populaire « Winnie », décédée à l’âge de 81 ans.

« Héroïne » de la lutte de libération, « roc de notre nation », « battante hors du commun »… Au milieu de ce concert d’hommages, les rares voix qui osent rappeler les dérapages de l’icone de la lutte anti-apartheid Winnie Mandela sont vilipendées. Dans le township de Soweto, près de Johannesburg, où elle vivait, voisins, admirateurs et personnalités politiques se pressent sans discontinuer pour présenter leurs condoléances à la famille de la militante politique et féministe, ancienne épouse du premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela.

L’actuel chef de l’Etat, Cyril Ramaphosa, a salué « l’une des femmes les plus importantes de notre bataille » contre le régime raciste blanc, tombé en 1994. Son prédécesseur, Jacob Zuma, a rendu hommage à « l’un des piliers » de la cause noire, qu’elle a défendue au prix de tortures, d’humiliations et de séjours en prison pendant les vingt-sept années d’incarcération de Nelson Mandela. Dans ce festival d’éloges posthumes, l’ancien président Thabo Mbeki a pris le risque de faire tâche. Il a certes loué le « courage » de Winnie Mandela, mais il a aussi rappelé son parcours complexe et controversé: ses appels à la violence et les méthodes musclées de sa garde rapprochée, le « Mandela United Football Club » (MUFC).

 ‘Une erreur’ 

En 1986, dans le township de Munsieville près de Johannesburg, la fougueuse Winnie avait lancé à la foule un véritable appel au meurtre en ces termes: « Ensemble, main dans la main, avec nos boîtes d’allumettes et nos colliers, nous libérerons ce pays ». Une référence au supplice du pneu enflammé. « C’était une erreur », a jugé M. Mbeki, un de ses camarades de lutte, qui a aussi dénoncé les dérapages du MUFC. « Pour une personne comme elle qui a joué un rôle crucial » dans la lutte contre l’apartheid, a-t-il insisté, « salir ce rôle en étant impliquée dans des choses pareilles, c’était incorrect ». « Toutes ses décisions étaient-elles justes ? », s’est aussi demandé l’avocat de Winnie, Dikgang Moseneke. « Non, pas toutes (…) Avait-elle des limites ? Tous les héros en ont ».

En 1991, Winnie Mandela avait été reconnue coupable de l’enlèvement d’un adolescent, Stompie Seipei, décédé ensuite. Sa condamnation à six ans de réclusion avait été commuée, en appel, en amende et deux ans de prison avec sursis. « On doit reconnaître que quelque chose a mal tourné, terriblement mal tourné », avait estimé en 1997 le prix Nobel de la paix Desmond Tutu, l’un de ses fervents admirateurs. « C’est vrai », avait-elle concédé la même année devant la Commission vérité et réconciliation, qui l’avait déclarée « coupable politiquement et moralement des énormes violations des droits de l’Homme » commises par le MUFC.

 ‘Médisances’ 

Le gouvernement, lui, n’a pas apprécié ces « médisances » à l’encontre de Winnie, et dénoncé une « déformation malveillante » de la vérité, notamment de la part de médias internationaux. « Les tentatives de présenter l’héritage » de Winnie Mandela sous un jour « clivant » rappellent la propagande du régime de l’apartheid, a jugé, furieuse, la ministre de la Communication, Nomvula Mokoynane. « Il faut se rappeler aussi bien les bonnes choses » que Winnie a « faites pour ce pays que les erreurs qu’elles a commises », a osé affirmer mercredi le journal sud-africain Sowetan, se démarquant là de la plupart des médias nationaux. « Mama n’était pas un ange (…) Après tout, Winnie était simplement humaine », a insisté le quotidien.

Le chef de la gauche radicale, Julius Malema, protégé de Winnie, a lui aussi dénoncé les critiques visant « la mère de la nation », accusant « les racistes de l’insulter ». « Même après sa mort ils ont peur d’elle, et c’est pour ça (…) qu’ils continuent à la présenter sous un jour que nous ne connaissons pas », a-t-il déploré, « mais les masses connaissent la vérité ». « Tout au long de sa vie », Winnie « a dû se battre », rappelle l’hebdomadaire Mail & Guardian. « Et maintenant, il semble que la bataille se poursuive au-delà de la mort », regrette-t-il, exprimant une opinion largement répandue en Afrique du Sud.