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vendredi 19 octobre 2018

Angola : un journaliste jugé pour une enquête anti-corruption

CONTENNNTSTSH DIH DSHDS

Un autre journaliste ayant reproduit l’article encoure une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

Le journaliste angolais et défenseur des droits de l’homme Rafael Marques de Morais a annoncé qu’il serait jugé la semaine prochaine à huis clos pour un article de 2016 concernant le procureur général de l’époque. Rafael Marques avait mis en cause le magistrat, Joao Maria de Sousa, dans une transaction immobilière aux relents de corruption, ce qui lui vaut d’être jugé pour outrage. 

Lundi, 16 avril 2018 le procès a été ajourné, à la demande des avocats de l’ex-procureur général, qui a mis en avant son ancien statut. « Le tribunal a décrété que le procès ne pouvait pas se tenir au palais de justice, mais dans les bureaux du procureur général, et à huis clos. Ils ont ajourné le procès au 24 avril », a déclaré Rafael Marques. »C’est une atteinte à l’indépendance des tribunaux », a-t-il ajouté.

Le journaliste, responsable du site d’informations Maka Angola, et Mariano Bras, d’autres journalistes ayant reproduit l’article dans un hebdomadaire, encourent une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison. Un des plus célèbres opposants au pouvoir en Angola, Rafael Marques, 46 ans, est un habitué des prétoires, où il a régulièrement été jugé pour ses écrits. Il a notamment été condamné en 2015 à six mois de prison avec sursis pour « dénonciation calomnieuse » de sept généraux de l’armée dans un livre accusant le régime de couvrir des violences contre les chercheurs de diamants.

En septembre 2017, le général à la retraite Joao Lourenço a été élu président de l’Angola, après trente-huit ans de pouvoir de Jose Eduardo dos Santos. Le nouveau chef d’Etat a promis d’être l’homme du « miracle économique » et de lutter contre la corruption dans ce pays, le deuxième producteur d’or noir en Afrique, où plus de la moitié de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

Télévision: « Complément d’enquête » attaqué par Bolloré

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« Tout est vrai », se défend Tristan Waleckx, devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

Le reportage de « Complément d’enquête » consacré à Vincent Bolloré était-il diffamatoire? L’auteur de cette enquête diffusée en 2016 sur France 2 a été mis sur le gril par l’avocat de l’homme d’affaires qui a dénoncé un travail journalistique « à charge ». « Tout est vrai dans ce que j’ai dit », s’est défendu son auteur, le journaliste d’investigation Tristan Waleckx, devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Dans ce documentaire, récompensé par le prix Albert-Londres et diffusé en avril et juillet 2016, le journaliste retrace le parcours de l’industriel, de la reprise de la fabrique familiale de papier à cigarettes OCB en Bretagne à la construction de son empire, en passant par la reprise en main de Canal+ et sa présence en Afrique. Tristan Waleckx, poursuivi dans cette procédure avec la présidente de France Télévisions –absente à l’audience–, a été longuement questionné sur l' »équilibre » et « la prudence dans le propos » dans ce reportage qui lui a demandé six mois de travail. Le reporter de 32 ans a répondu avoir voulu « montrer la complexité du personnage » et affirmé avoir essayé à maintes reprises de rencontrer Vincent Bolloré. En vain.

« Germinal des tropiques »

Neuf passages du reportage de 72 minutes sont mis en cause par l’entrepreneur, ainsi que par ses sociétés Bolloré SA et Bolloré Africa Logistics, également parties civiles. Sont notamment ciblés les extraits consacrés aux activités de la Socapalm, société qui produit de l’huile de palme au Cameroun et dont M. Bolloré est actionnaire. Des sous-traitants, pour certains présentés comme mineurs, payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection et logeant dans des conditions insalubres, y témoignent face caméra. « Tous » étaient « unanimes » pour dénoncer leurs conditions de travail, assure M. Waleckx. « Nous sommes dans l’exploitation la plus misérable qui soit et ça embête Vincent Bolloré qu’on le dise », a dit Me Jean Castelain, avocat de la défense, plaidant la « relaxe » pour un « veilleur de l’humanité » qui « nous dit ce qu’est ce Germinal des tropiques ». « Ne privez pas la presse du droit d’enquêter sur les plus puissants d’entre nous », a exhorté le bâtonnier.

Réclamant « 150.000 euros par partie civile », l’avocat de l’industriel, Me Olivier Baratelli, a fustigé un portrait « mis en scène », « une charge de la garde montée » contre son client et son empire, repoussant l’accusation de « procédure-bâillon ». « Lorsque je choisis d’attaquer, c’est que les bornes ont été dépassées », a-t-il assuré. Et d’étriller un « jeune » reporter « épris de ses qualités », à « la malhonnêteté viscérale vissée au corps ». « Je suis quelqu’un qui doute tout le temps », a rétorqué le reporter en fin d’audience.

Le reportage évoquait également les conditions d’attribution d’une concession portuaire de la ville camerounaise de Kribi en 2015, le journaliste posant la question d’éventuels « passe-droits » ayant profité à Vincent Bolloré. « Le mot +corruption+ n’apparaît jamais dans le sujet », s’est défendu M. Waleckx, reprochant à Me Baratelli de lui « faire dire des choses (qu’il) n’a pas dites, à coup de citations tronquées ». Sur ce seul volet de l’affaire, le ministère public a dit ses doutes sur la « bonne foi » du journaliste tout en laissant au tribunal le soin d’apprécier le caractère diffamatoire de ces extraits.

Lors d’une procédure distincte devant le tribunal de commerce de Paris la semaine dernière, Me Baratelli avait réclamé 50 millions d’euros de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts commerciaux du groupe Bolloré. Une autre procédure en diffamation a également été intentée au Cameroun par la Socapalm contre M. Waleckx et France Télévisions notamment. Le jugement doit être rendu le 5 juin.