Brice Nzamba: le changement de constitution profite à Sassou Nguesso et non aux Congolais

L’avocat congolais, Brice Nzamba anime le 25 avril, une conférence sur le respect des Constitutions. Il s'oppose à toute modification de la constitution dans son pays.

cg brice nzamba ae141Brice Nzamba

Quelle est votre position sur le débat autour de la loi fondamentale dans votre pays, entre changement, modification et conservation ?

Je pense que le débat autour de la constitution du 20 janvier 2002, est un faux débat. Faux débat, parce que la question de fond qui intéresse ceux qui ont initié, et entretiennent ce débat, est précisément la question du maintien au pouvoir d'un homme qui a gouverné le Congo-Brazzaville pendant près de trente ans d'une main de fer, sans avoir pu impulser son essor économique, favorisant l'enrichissement de sa famille et de ses proches, condamnant la jeunesse congolaise à une vie de mendicité, y compris cette jeunesse qui en 1997 avait cru en lui, en prenant les armes pour son compte.

Faux débat, parce qu'il n'existe aucune crise institutionnelle grave au Congo de nature à justifier un changement de constitution. Le général de Gaulle a changé la constitution de la IV République pour en initier une nouvelle parce qu'il existait des graves crises consécutives au régime d'assemblée qui bloquaient toute initiative de l'exécutif, immobilisant l'Etat.

Or au Congo, toutes les institutions fonctionnent tant bien que mal, de sorte qu'aucun observateur objectif de la vie politique congolaise ne saurait parler d'une crise grave et persistante des institutions congolaises.

Pourtant, à entendre la majorité présidentielle, l'idée du changement émergerait au sein du souverain primaire qu'est le peuple, pourquoi donc tant d'opposition ?

Vous savez, le Parti au Pouvoir à une conception du peuple qui est une survivance de son idéologie marxiste-léniniste. Pour lui, le peuple congolais se résume à quelques individus affublés du titre de sage, dont on fait dire ce que l'on souhaite par l'onction des « pétro-cfa ».

Le vrai peuple congolais, du nord au sud, sans distinction d'origine ethnique, n'a plus jamais dit son mot, depuis la malheureuse guerre de 1997.

Le vrai peuple congolais, se réveille de plus en plus, dépasse les clivages ethniques, et se serre les coudes pour faire barrage au coup d'Etat constitutionnel qui se profile à l'horizon.

Ceux qui sont favorable à l'idée de changer la constitution congolaise brandissent, entre autres arguments, l'achèvement des actions entamées par M. Sassou Nguesso, notamment la marche vers l'émergence à l'horizon 2025. Ne craignez-vous pas de faire barrage à l'émergence du Congo avec l'idée du maintien de la constitution actuelle qui verrait le départ de M. Sassou Nguesso ?

Cet argument est extraordinaire, un véritable ovni intellectuel, parce que pour achever, il faut déjà avoir commencer. Or, commencer une œuvre de développement économique susceptible d'aboutir à la fameuse émergence, exige de poser au préalable les bases, les fondements. Quelles sont donc les bases de tout développement économique ?

Il y a d'abord la maitrise de l'énergie, car sans une électricité bon marché et accessible à tous, en tout temps, il n y a pas d'industrialisation. Au Congo-Brazzaville, l'électricité est-elle bon marché et accessible à tous, à tout moment ? Non, c'est l'empire du délestage. Le principe là-bas, ce sont les ténèbres, et la lumière l'exception. Pas étonnant que les fameuses zones économiques spéciales annoncées avec force incantation, ne soient jusqu'à ce jour que des discours creux et sans réalité.

En dehors de l'électricité, il y a aussi l'accès à une eau saine, à une eau potable pour tous, en tout temps, car l'activité industrielle ne peut se faire sans une disponibilité continue d'une eau saine. Au Congo-Brazzaville, y aurait-il un accès à l'eau potable sur toute l'étendue du territoire pour tous, de façon continue ? Une fois encore, NON.

Alors de quel achèvement nous parle-t-on ? Certainement du pillage des richesses du pays et non pas de son essor économique qui n'a jamais commencé.

cg Sassou 567e2Denis Sassou N'Guesso

Pensez-vous que l'opposition actuelle soit suffisamment mûre pour conduire la destinée du Congo?
La maturité politique implique d'avoir compris les erreurs du passé, d'en avoir tiré les leçons, et donc de proposer des projets à même de résoudre les erreurs constatées et reprochées au pouvoir actuel.

Alors l'opposition actuelle est-elle mure pour conduire la destinée du Congo ? A cette question, je suis tenté de répondre qu'avant d'arriver à ce stade, il faut être prêt au rapport de force avec la dictature actuelle, surtout lorsqu'on est certain de son bon droit.

Sur ce point, l'opposition congolaise est timorée, ne prend aucune initiative, se contente des réactions à l'agenda du pouvoir. Même au niveau de la mobilisation des populations qui sont pourtant majoritairement contre le projet du pouvoir de changer la constitution, aucune stratégie de répétition et de préparation du peuple au soulèvement en cas de passage en force.

Nous nous approchons petit à petit de 2016 (année de l'échéance électorale) sans aucune déclaration officielle de M. Sassou sur le débat autour de la constitution. Que peut-on imaginer qui soit en train de se dessiner autour du président ?

Les stratèges du PCT ne sont plus aussi inventifs et surprenants depuis la disparition d'Ambroise Noumazalaye, et l'inaction d'Itihi Ossetoumba Justin.

Il est donc possible de les voir venir de loin, avec un minimum d'acuité d'esprit. Je peux vous dire, et ce n'est pas un scoop pour ceux qui lisent ma page Facebook, que depuis le 5 mars 2015, j'avais mis en ligne une analyse prospective sommaire de la stratégie du PCT pour arriver à ses fins. La première étape de cette stratégie que j'avais anticipée se vérifie aujourd'hui, puisque j'avais annoncé dès le 5 mars 2015 que le PCT pour attirer l'opposition dans son piège, et donner l'illusion de son souci d'apaisement par le consensus et le compromis, accepterai comme ordre du jour du dialogue qu'il propose, aussi bien le changement de la constitution que la réforme de la gouvernance électorale.

Aujourd'hui, nous y sommes, et au Cercle la Rupture, nous travaillons sur la prospective politique, et nous savons que le vrai combat aujourd'hui, pour anticiper la stratégie du PCT, c'est de mettre en place un Front de Refus du Referendum, et de ne plus se perdre sur le nouveau piège à cons qu'est devenu la question du dialogue et de son ordre du jour.

Dans le camp du président comme du coté de l'opposition l'attente semble être longue. Le silence du président commence à semer le doute même dans son propre parti. Cela arrange-t-il l'opposition ?

A votre avis, c'est dans l'intérêt de qui que le PCT veut changer la constitution du 20 janvier 2002 ?

Dans l'intérêt de Pierre Ngolo ? il n'en a pas besoin, il peut se présenter aux élections présidentielles de 2016. Dans l'intérêt de Okombi Salissa ou de Christel Sassou Nguesso ? Ils n'ont en pas besoin non plus, ils peuvent se présenter aux élections présidentielles de 2016.

A qui donc profite immédiatement le Crime d'atteinte à la Constitution ?

Les Congolais ne sont pas des daltoniens, car c'est bien à Denis Sassou Nguesso que profite immédiatement le changement de constitution, donc il a bien l'ambition de se représenter. Il garde le silence pour diviser l'opposition qui déjà se contredit en voulant le respect de l'ordre constitutionnel tout en souhaitant une transition hors cadre de la même constitution.

cg hs brice nzamba edebeBrice Nzamba

Que feriez-vous si dans quelques jours si vous appreniez que M. Sassou Nguesso veut consulter le peuple sur la question de la constitution ?

Ecoutez, nous savons pertinemment que le dialogue proposé aux opposants n'est que le change que le pouvoir donne à la communauté internationale, c'est juste pour la forme, afin de lui permettre de se parer d'une certaine légitimité en soumettant la question à un référendum dont il contrôlera complètement le processus.

Alors pour répondre à votre question, je vous annonce que nous sommes en train de préparer avec des patriotes congolais, des amis du Congo, et Humanistes de toute origine, un Front de Refus du Référendum, qui aura un prolongement au Congo.

Je vous invite donc à participer à la conférence internationale sur le respect de l'ordre constitutionnel que nous organisons le 25 avril 2015, au Palais du Luxembourg (Senat) à Paris. Il suffit de vous inscrire sur le site internet : www.conference-constitutionsafricaines.com

Propos recueillis par Svesty De Finase