Ganiou Soglo : « le Bénin n’a pas besoin de chaos. »

Ancien ministre de Boni Yayi et fils de l'ancien président Nicéphore Soglo, Gariou Soglo revient sur les récents troubles à Cotonou.

 

bn ganiou soglo 7614cGaniou Soglo

Vous étiez lundi au domicile de Candide Azannaï. On vous a d'ailleurs vu essuyer des tirs de gaz lacrymogène en tentant de regagner son domicile. Qu'est-ce qui a motivé votre présence sur les lieux ?

Je dois dire que ma présence au domicile de Candide Azannaï était motivée par le fait de défendre nos acquis démocratiques. Car je pense que le peuple béninois en 1990 est descendu dans la rue afin de défendre la liberté de parole, de déplacement. Il était donc important pour moi de rappeler tout cela et de rappeler que plusieurs personnes ont perdu la vie pour défendre ces acquis chers à notre pays.

Vous avez déploré les violences qui ont fait suite à cet événement.

Je pense qu'après le vote qui s'est passé dans des conditions plus ou moins tranquilles, il était malvenu que le chef de l'Etat adresse cette convocation à l'Honorable Candide Azannaï. Il y a des textes qui régissent notre pays et si le président de la République pense qu'il a été calomnié, il ne faut pas oublier que Candide Azannaï est député à l'Assemblée nationale.

Il y a une procédure que le chef de l'Etat aurait dû suivre pour demander sa comparution et c'est ce que j'appelle les acquis chers à notre pays qu'il faut défendre. Sinon demain, n'importe qui peut être interpellé et ça, nous ne le voulons pas. Pour les violences, je l'ai rappelé aux jeunes. Je leur ai dit qu'il ne faut jamais oublier que quand il y a violences, ils sont les premiers à être malheureusement atteints.

Il ne faut pas qu'ils servent de chairs de canon aux policiers. J'ai été choqué à la fois par le contenu des propos du chef de l'Etat envers Candide Azannaï, mais aussi par la réplique de celui-ci. Car, la chose la plus importante, c'est la sécurité dans notre pays et si des acteurs politiques en viennent à nous en priver, alors qu'il y a des problèmes d'emploi, de logement, de santé et d'éducation, on amène ainsi le pays à la dérive. Je rappelle aux jeunes que dans un pays à côté de nous, on a vu un des anciens présidents tenir des propos sur l'actuel président. Il y a de cela 10 ans. Dix ans de guerre, de drame et de morts s'en sont suivis. Aujourd'hui, cet ancien président appelle à voter pour l'actuel président. On aurait pu se passer de tout ce qui est arrivé. Je pense que le peuple qui a vécu ces drames aurait pu s'en passer dans ce pays. ( La Côte d'Ivoire, NDLR)

Je rappelle aux jeunes qu'ils doivent faire la différence entre les politiciens et les hommes politiques. 
Candide Azannaï a dit des choses graves en rappelant qu'il savait que le chef de l'Etat était soi-disant malade. Pourtant, c'est lui et d'autres qui l'ont amené au pouvoir en 2006. C'est grave si de telles accusations sont avérées. Ça veut dire que des gens ont amené un individu, ont pu lui faire passer la visite médicale avec toutes les conséquences que nous avons eues. Je tiens à rappeler aussi que le même Candide Azannaï en 2011 après le K.O a eu à incriminer ceux de l'opposition avec qui il est aujourd'hui.

En ce qui me concerne, Candide Azannaï devrait savoir que notre pays allait connaître des moments difficiles. Rappelez-vous qu'en 2012, j'ai eu à indiquer à Africa 24, une chaîne panafricaine, que le chef de l'Etat, au lieu de se préoccuper des questions importantes du secteur privé, de l'emploi des jeunes, voulait réviser la Constitution pour soi disant nous amener une cour des comptes alors que ce n'était pas les vrais enjeux de son deuxième mandat.

bn marche mai 2015 1f1b5Des manifestants dans la rue

Suite donc à cet incident, une marche autorisée par la mairie et interdite par le ministère de l'Intérieur a été programmée. Quelle est votre position par rapport à cette marche ?

Je suis totalement contre. Cette marche va encore engendrer des débordements. Qu'est-ce que nous voulons ? Le chaos ? Je pense que le chef de l'Etat est en train de finir son mandat (...). Si vous projetez de marcher et que le gouvernement refuse, qu'est-ce qu'on cherche à faire ? Créer une situation conflictuelle ? Le Bénin n'a pas besoin de ça. Vous aller casser, détruire des infrastructures. Mais, c'est encore nous-mêmes qui allons payer pour reconstruire alors que nous sommes dans une situation économique défavorable. Je crois qu'il faut savoir raison garder.

Comment entrevoyez-vous la fin de tout ceci ?


Malheureusement, j'ai le sentiment que les deux camps veulent en découdre. Je pense que ce n'est pas la meilleure solution et j'espère que les deux camps qui se jaugent aujourd'hui ne vont pas amener notre pays dans une situation que demain nous allons regretter. Car, les mêmes qui ne proposent pas une solution de sortie de crise concrète, pratique pour les entrepreneurs de notre pays afin de les accompagner à générer des emplois, des revenus, demain s'il y a le chaos, ils vont dire qu'ils vont se retrouver autour d'une même table pour former un gouvernement d'union nationale pour continuer à se partager un gâteau qui ne touche pas le plus grand nombre de notre pays et c'est cela qu'il faut rappeler à nos concitoyens.

Oui, battez-vous pour votre liberté, pour vos acquis. Je terminerai par dire que vous vous battez pour des députés qui ont été incapables depuis près de 25 ans, en dehors du code de la famille porté par l'Honorable Rosine Vieyra Soglo, de voter des lois sur le logement, sur le financement des sports dans notre pays. Des lois qui auraient pu soulager nos populations et donc, je crois qu'il faut rappeler à notre jeunesse que ceux qui se disent les candidats des jeunes, des plus mal lotis ne sont pas forcément ceux qui défendent leurs droits, leurs ambitions quand ils sont à l'Assemblée nationale.

Propos recueillis par Isac A. Yaï