Jalloul Ayed, candidat à la présidence de la BAD

Le Tunisien Jalloul Ayed, brigue la présidence de la BAD. Il veut en faire, « un moteur puissant pour la croissance et la prospérité, » pour tous les Africains.

L'ancien ministre tunisien des finances offre quelques pistes de réflexion pour réajuster le système financier, dynamiser l'économie et créer de l'emploi en Afrique.

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Quelle est votre vision pour l'Afrique ?

L'Afrique est un continent de courage, de travail et de culture. Je me suis imprégné de sa richesse et de ses valeurs. J'ai une connaissance des réalités du continent, à travers les fonctions que j'ai occupées au Maroc au sein du groupe BMCE. Mon ambition est que la Banque africaine de développement devienne un moteur plus puissant pour la croissance et la prospérité, pour tous les Africains.


Votre stratégie africaine repose sur plusieurs axes. Pouvez-vous les définir ?

Ma stratégie africaine est simple. Il s'agit d'une présence élargie sur le continent africain, une bonne gouvernance, remédier au grand déficit enregistré par les pays africains dans le domaine des infrastructures (un domaine auquel la BAD a prévu un budget d'environ 100 milliards de dollars par an), élargir la définition du secteur privé qui est considéré comme la pierre angulaire de la croissance économique, et assurer un capital humain qui demeure le principal facteur dans la réussite d'une politique de développement.


Vous avez déclaré à Paris que vous allez faire de cette banque, « un moteur puissant pour la croissance et la prospérité » pour tous les Africains. Comment vous allez procéder ?

Aucun programme de développement économique ne peut atteindre ses objectifs ultimes sans le soutien d'un système financier solide, inclusif et réactif, d'où la priorité de réformer les systèmes financiers. Le secteur privé est très important pour la croissance économique. C'est pourquoi je vais élargir sa définition pour inclure les réalités africaines et soutenir les micros entreprises, les petites et moyennes entreprises et les accompagner par un financement adapté.
 
En effet, l'Etat ne peut, à lui seul, créer des emplois et booster la croissance sans l'aide d'un secteur privé solide et de nouvelles structures de financement, notamment des fonds qui investissent avec les promoteurs privés. Aujourd'hui le rôle de l'Etat doit être repensé dans le sens le plus d'intelligent, voire un Etat propulseur, qui accompagne le jeune promoteur dans sa nouvelle vie.


Et d'après vous ce système financier va permettre aux PME de travailler normalement et d'être une alternative à l'émigration ?

Je me suis fixé comme principal objectif de fournir le maximum d'opportunités à ces jeunes qui partent vers l'Europe. Il n'y a pas de solution spécifique à ce problème qui est très complexe. Les microcrédits pourront être la solution. Ils permettront à ces jeunes de rester et ne pas aller chercher des opportunités ailleurs.

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La BAD a préservé ces dernières années son rating triple A. Une fois élu président de cette prestigieuse banque, serez-vous capable de le maintenir à ce niveau ?

Si l'honneur devait m'échoir de présider la BAD, je veillerai à ce que ce rating soit maintenu parce qu'il assure à la Banque les possibilités de refinancement sur les marchés des capitaux, surtout à l'international et à des conditions favorables. Le maintien du triple A va de la crédibilité de la Banque.


En tant qu'ancien ministre des Finances, vous avez proposé la création du fonds générationnel, seulement ce dernier n'a pas été adopté en Tunisie. Il est toujours dans les tiroirs, comptez-vous généraliser ce fonds dans les pays de l'Afrique ?

Evidemment, le "Fonds générationnel" est une structure d'investissement innovante qui devait permettre aux différents gouvernements africains, chacun agissant en investisseur de référence, de propulser l'investissement privé dans leur pays, sans pour autant s'impliquer dans la gestion des projets financés, ni leur allouer des ressources budgétaires.


Pour terminer, M. Ayed, vous êtes un compositeur renommé de musique classique. Vous avez composé « Touches de vie » , « Mogador », « Le concerto des jasmins. » Vous avez également publié un livre : La route des jasmins, comment comptez-vous concilier entre votre ambition africaine et vos activités culturelles ?

J'ai osé placer la culture dans ma stratégie africaine, et je tiens à associer la culture au développement durable parce que la culture est un des vecteurs du développement. Concilier la présidence de la BAD et la musique est, certes, difficile, mais je sais que je trouverai le temps pour jouer et composer !

Propos recueillis par Inès Jelassi à Tunis