Tunisie: un chantier de réformes

De la fiscalité à la douane, la secrétaire d'Etat tunisienne aux Finances revient sur la situation du pays en récession technique depuis plusieurs semaine.

tn boutheina ben yaghlane 99e51Boutheina Ben Yaghlane

Quelles seraient selon vous les réformes urgentes à entreprendre sur le plan fiscal pour assurer la survie des entreprises tunisiennes et relancer l'entrepreneuriat et l'investissement ?

Le projet de réforme fiscale comprend six axes : l'imposition directe, la TVA, la modernisation de l'administration fiscale, les avantages fiscaux, la transparence et la concurrence loyale et enfin l'amélioration du climat des affaires et la consolidation des garanties des contribuables. Cette réforme fiscale pourrait porter les recettes de l'Etat de 18,6 milliards de dinars en 2014 à 45,800 milliards de dinars en 2019.

Nous avons tenu à réformer la fiscalité dans notre pays et à réconcilier le contribuable avec le fisc, même si le Tunisien n'a pas du tout cette culture. L'administration fiscale doit être transformée. L'objectif étant de mettre en place un système plus juste et plus équitable socialement, plus attractif pour les investissements, plus incitatif pour l'emploi et plus simple pour le contribuable.


Plusieurs experts affirment que la classe moyenne en Tunisie s'est nettement effritée ces dernières années sous l'effet d'une crise grave et de mesures de soutien limitées. Elle est plus que jamais menacée par cette réforme fiscale. Qu'en pensez-vous ?

Dans la nouvelle loi de finances 2016, la politique de compensation continuera. D'ailleurs, l'enveloppe qui y est consacrée diminue certes. De 2.766 MDT en 2015 à 2.612 MDT pour 2016. Mais c'est en grande partie dû à la baisse du prix du pétrole. Les produits alimentaires essentiels sont compensés à hauteur de 1600 MDT contre 1530 MDT en 2015, idem pour le transport. Je peux vous affirmer que le chantier de la réforme fiscale n'aura pas de conséquences douloureuses sur la bourse du citoyen tunisien !


Nous allons maintenant aborder un autre volet, celui de la réforme douanière. Quelles sont les différentes orientations de la modernisation de la douane ?

Le projet de réforme de la Douane, qui sera lancé le 1er janvier 2016, concernera le système informatique et le renforcement de la décentralisation par la généralisation des directions régionales de la Douane, dans tous les gouvernorats du pays.

Le projet prévoit, également, le développement des compétences des ressources humaines de la Douane, par la promotion de la formation, outre l'acquisition d'équipements modernes pour faciliter le travail des agents de la Douane, principalement dans les ports et les points de transit. Cette réforme concernera également les impôts indirects.

Pour faire face à la contrebande et à la corruption, les droits de douanes ont été limités à seulement deux types; un taux de 0% pour les matières premières et les produits semi-finis et un taux de 20% pour le reste. L'objectif est d'éliminer l'interprétation humaine qui existait avec trois taux et qui ouvrait la porte à la corruption.


Selon Christine Lagarde (directrice générale du FMI, NDLR), le gouvernement devra s'intéresser à trois dossiers fondamentaux pour réaliser la relance de l'économie. Il s'agit de l'orientation du budget vers la croissance, du renforcement de l'efficience du secteur financier et de l'amélioration du climat des affaires ! Où en est-on aujourd'hui ?

Il faut dire que c'est un grand chantier et il faut beaucoup de temps et de moyens pour le réaliser ! Pour le premier dossier, il faut mettre l'accent sur la nécessité d'orienter le budget vers la croissance moyennant l'augmentation des dépenses de développement et la réduction des frais.

Pour ce qui est du deuxième dossier, à savoir le secteur financier, il faut opter pour davantage de flexibilité dans l'octroi de crédits aux petites entreprises et aux femmes porteuses de projets, et enfin améliorer le climat des affaires pour contribuer à la relance de l'économie.J'espère qu'on arrivera à atteindre les trois objectifs fixés par le FMI.

Propos recueillis par Inès Jelassi