Natasha Pemba : "L'homme a un penchant pour la polygamie"

Natasha Pemba publie « Polygamiques », un recueil de huit nouvelles se déroulant au Congo. Il s'agit de sa première œuvre littéraire.

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Pouvez-vous expliquer le titre de votre livre, « Polygamiques » ?

Du grec « polus » (plusieurs) et « gamos » (mariages), polygamique est un adjectif relatif à la polygamie. En me fondant sur cette définition étymologique, je considère que dans toutes les sociétés humaines, il existe un fond "polygamique"... Une sorte de polygamie voilée où finalement l'homme qui ne prend pas deux ou plusieurs épouses reste quand même « penché » vers la recherche d'autres femmes. Le second sens que je donne au titre de mon recueil est éminemment métaphysique, parce qu'il transcende l'expression « polygamique » et est pensé au-delà du sens ordinaire.

Bref en restant axée sur le terme grec « polus », je considère ici le mariage comme une métaphore incarnant « un lien ». De ce fait , polygamiques devient "plusieurs liens" ou encore pour parler dans le langage multiculturel, il devient une diversité humaine, relationnelle et culturelle où finalement le « vivre ensemble » se nourrit de différence et de l'acceptation des autres.


Plusieurs de vos nouvelles abordent effectivement la question de la polygamie. Selon vous, la polygamie est-elle un bien, un mal nécessaire ou une tare ?

Ce type de question interroge davantage notre subjectivité que notre sens de l'universel. C'est pourquoi la réponse qu'on peut y apporter ne peut-être que subjective. Pour moi la polygamie est un fait.


Vos personnages se lancent dans des aventures qui leur laissent parfois un goût amer. Quel message en particulier avez-vous voulu transmettre à travers vos nouvelles ?

Je voudrais indiquer que la polygamie ou le polyamour est une question qui interroge le « vivre ensemble » de manière très conséquente. Je crois que ce sont des réalités de notre existence, pas seulement en Afrique ! Comme je le dis dans la nouvelle, la polygamie reste un choix qui doit engager la responsabilité de ceux et celles qui la vivent. C'est un choix où simplement le respect de l'autre et la tolérance doivent être de mise, car tout est relation. Tout est aussi rencontre !

Vivre ensemble à trois ou à dix, c'est déjà une sortie de soi pour aller vers l'autre. Dès lors, il devient inutile de faire subir ses humeurs, ses mauvais penchants ou ses jalousies aux enfants qui deviennent souvent des victimes des choix de leurs parents.

J'ai aussi voulu, à travers d'autres nouvelles, souligner que dans la vie, des fois, il est important de se contenter de ce que l'on est et même de ce que l'on a. L'envie est souvent un vice qui ne fait de bien à personne. Comme j'essaie de le montrer à travers deux nouvelles où les filles s'obstinent à croire que le bonheur se trouve dans les mains des autres ou de l'homme blanc qui incarne une richesse bien souvent utopique.


Vous faites votre entrée en littérature par la nouvelle. Vous aviez déjà publié une première nouvelle : « Leshkah et le mystérieux héritage » dans l'anthologie Sirène des sables, publiée fin 2014. Que représente ce genre pour vous et êtes-vous tentée par les autres genres comme le roman, la poésie ou le théâtre ?

J'apprécie la nouvelle, parce qu'elle est facile à lire et puis parce que tout bon lecteur de la nouvelle se sent impliqué dans l'œuvre au moment de la lecture et même après, puisqu'il a toujours envie de découvrir la suite. Le genre qui me tente en dehors de la nouvelle, c'est le roman. Je pencherai quelque peu pour le théâtre, mais pas beaucoup finalement.

Propos receuillis par Sandrine Kihindou à Paris