Tidiani Tangara, « Nous allons nous battre pour la libération totale de Ras Bath ! »

Tidiani Tangara, président du Collectif des journalistes pour la défense des droits des hommes de médias au Mali, revient sur l'arrestation de l'animateur Ras Bath.

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Le 15 août dernier, Mohamed Yssouf a été arrêté à Bamako pour « outrage public à la pudeur », entres autres chefs d'accusation. Le célèbre animateur de radio, connu sous le nom de Ras Bath, avait été libéré sous conditions deux jours plus tard, après de violents heurts qui ont opposé ses fans aux forces de l'ordre.
 
 
Votre collectif se bat depuis un certain moment pour la levée du contrôle judiciaire qui frappe Ras Bath. Quelles sont les charges retenues contre lui ?
 
On lui reproche d'avoir démoralisé l'armée malienne, d'avoir proféré des injures à caractère sexuel contre un prêcheur et d'avoir traité l'ancien procureur général près la cour d'appel de Bamako, Daniel Amagouin Tessougué, de populiste et d'être laxiste. On lui reproche également d'avoir insulté grossièrement les institutions de la République. Nous avons analysé ses émissions et nous avons estimé qu'il est resté dans le cadre de la communication.
 
 
Au cours d'un récent meeting que vous avez organisé à la Maison de la presse de Bamako, vous avez vivement critiqué les autorités, notamment le ministre de la Justice. Que reprochez-vous à ce dernier ?
 
Nous reprochons au ministre d'avoir contourné le pouvoir de police qu'on lui a confié. Le ministre de la Justice doit sauvegarder les droits et la quiétude de tout citoyen. Une personne simplement poursuivie est présumée innocente. De ce fait, Ras Bath devait bénéficier de cette présomption et on devait le traiter selon son statut.
 
Le ministre, connaissant bien la loi, a contourné les textes en allant sur le terrain du droit commun pour ainsi priver Mohamed Youssouf Bathily de sa liberté. Il a aussi abusé de son pouvoir. Appartenant au pouvoir exécutif, son rôle n'est pas de dire: ''je lui ai ordonné d'arrêter''. Il appartient au procureur de poursuivre et s'il poursuit, il le fait par voie d'huissier. Ras Bath ne peut être qu'un complice parce qu'il a travaillé dans des radios. Ce sont les directeurs de radios et les directeurs de publication qui doivent être les premiers responsables. Et Ras Bath devait être amené comme complice. Cela n'a pas été fait.
 
 
Avez-vous le sentiment d'être entendus par les autorités, si l'on sait qu'une marche que vous teniez à organiser le 29 octobre dernier n'a pas été autorisée ?
 
Les autorisations sont délivrées par les autorités communales alors que nous dénonçons l'agissement du ministre de la Justice et son cabinet. Sous prétexte de ''l'insécurité grandissante à Bamako'', notre marche n'a pas été autorisée. Mais c'était de bonne guerre. Nous n'en avons pas fait un problème parce que nous sommes des légalistes. Mais, notre dénonciation est écoutée. Et je vous dis que les charges retenues contre Ras Bath vont être abandonnées faute de preuves.
 
 
Quelles sont les actions que vous envisagiez pour obtenir l'abandon des charges ?
 
Nous allons utilisés tous les moyens légaux qui s'offrent à nous : les sit-in, les marches et même empêcher le ministre de la Justice de travailler, afin qu'il démissionne. Nous ne pouvons pas accepter qu'un ministre de la Justice soit dépourvu de tout sens et qu'il bafoue les droits des journalistes. S'il n'est pas capable de respecter notre statut, nous allons l'empêcher de travailler.
 
La loi nous en donne les moyens. Nous allons intensifier nos actions à travers le Mali et au delà. Ce n'est pas Ras Bath que nous défendons, mais plutôt une corporation. Plus rien ne nous découragera. Nous allons nous battre jusqu'à l'obtention de la libération totale de notre confrère.
 
Propos receuillis par Bakary Sogodogo à Bamako