RCA: Mamadou Nali , " en 2017, nous voulons intensifier la lutte contre le Sida. "

Pour Mamadou Nali, coordonnateur national de lutte contre le sida, lutter contre la maladie nécessite des moyens importants. La Centrafrique en crise n'en a pas.

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Quel est aujourd'hui le taux de prévalence au VIH/SIDA en Centrafrique ?

On vient de terminer une enquête sur sites concernant les femmes enceintes. Le taux chez les femmes enceintes est de 3, 7 %. Habituellement, ce taux est légèrement le taux plus élevé que la prévalence moyenne de la population. Donc si nous avons une prévalence de 3, 7 % chez les femmes enceintes, il faut penser probablement que la prévalence moyenne nationale est inférieure à celle-ci.


Combien de personnes souffrent de cette maladie en Centrafrique en 2016 ?

On estime à peu près 120 000, le nombre de personnes vivant avec cette maladie en Centrafrique. Je dis bien que c'est une estimation. Il nous faut faire un large dépistage de la population pour connaître exactement le nombre des personnes vivants avec le SIDA d'où l'intérêt de faire le dépistage .


Pourquoi tous les malades ne sont pas sous ARV ?

D'abord il faut faire un large dépistage pour déterminer le nombre de malades, maintenant il faut faire un plaidoyer auprès des bailleurs, car les ARV coûtent très chers. Nous comptons sur la communauté internationale et les partenaires pour avoir des moyens afin de disposer des ARV. C'est une question de ressources, pour l'instant nous n'avons pas de moyens. Pour l'instant ce sont tous les malades qui ont besoin d'ARV.


Vous êtes le coordonnateur du Comité National de Lutte contre le sida ( CNLS ). Quels sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées dans la lutte contre le sida ?

Nous sommes une organisation qui coordonne la lutte contre le sida. Qui dit coordination, on doit avoir tous les moyens pour aller en provinces, circuler librement, organiser des campagnes de sensibilisation pour mobiliser tout le monde. Malheureusement, nous sommes dépourvus de ces moyens. Nos véhicules et motos ont été emportés par les rebelles Seléka pendant la crise.

Ces rebelles ont envahi nos locaux pendant longtemp, ils ont emporté tous nos véhicules. En plus de cela, le pays traverse une crise, cela impacte sur nos activités. Nous avons des structures décentralisées mais qui manquent de tout. Il faut les doter, les équiper.


Qu'en est-il de la prise en charge pédiatrique des enfants vivants avec le VIH/SIDA ?

C'est aussi un gros problème. Déjà avec les adultes, nous avons un problème d'ARV. Pour les enfants c'est encore pire. Aujourd'hui, on estime à 10 000 enfants vivants avec le sida. Nous n'arrivons pas à les prendre en charge. Nous éprouvons d'énormes difficultés. Donc nous comptons sur les partenaires pour nous venir en aide. Sur les 10 000, seulement 2000 bénéficient d'ARV. Cela pose problème.

De 2010 à 2016 . Comment appréciez-vous le taux de prévalence au VIH /SIDA ?

En 2010, la prévalence était à 4, 9 % . Mais en 2016, nous avons une prévalence probablement inférieure à 3, 7 %. Nous sommes dans la fourchette. Nous avons beaucoup travaill . Nous avons fait les dépistages. Malgré toutes ces difficultés, nous sommes dans la fourchette de ce qui a été prévu. Donc les résultats en 2016 ne sont pas catastrophiques .

Quel est l'objectif fixé en 2017 ?

Nous voulons intensifier encore la lutte contre le Sida. Mettre au maximum les malades sous ARV pour être au rendez-vous de 2030 avec les autres pays pour éliminer le VIH/SIDA. Aujourd'hui nous avons la faible couverture en ARV estimé à 25 %. Nous voulons appliquer la stratégie de 90-90-90 prônée par l'ONU/SIDA. Il faut mettre sous ARV le maximum de malade possible.

Propos recueillis par Paterson Fintia à Bangui