Anicet Georges Dologuele: " Il n'y a plus d'État. L'État ne se limite qu'à Bangui."

Les députés se mobilisent contre l'insécurité dans l'Houam-Péndé et la Nana Mambéré. Certains, comme Anicet Dologuele, se sont rendus dans ces localités.

rca anicet georges dologuele 221216 15a09Anicet Georges Dologuele

Honorable Anicet Georges Dologuele, vous avez présidé la délégation des députés centrafricains qui étaient en mission de sécurité la semaine dernière dans l'Ouham - Péndé et dans la Nana Mambéré. Quel en était l'objectif ?

J'ai eu cette initiative depuis plus d'un mois. J'ai demandé aux collègues de la région qu'il était important d'aller à la rencontre des populations, des notables et des groupes armés pour trouver une solution à l'insécurité qui prévaut dans les préfectures de l'houam -péndé et de la Nana Mambéré.

C'est ainsi que nous étions partis. Nous avions été accompagnés par les casques bleus pour raison de sécurité et par le commandant Armel Ningatoloum Sayo, chef du mouvement Révolution Justice, un groupe armé présent dans l'Houam.

De manière générale, quel constat faites-vous ?

Nous avions rencontré des populations, des notables, les maires, les préfets et les sous-préfets. Leur unique problème demeure l'insécurité. C'est beaucoup de souffrance de la population pour une bagarre d'intérêt autour des troupeaux de bœufs.

Dans l'Houam - péndé, il y a deux types de points d'insécurité. Il y a au niveau de Kouï et de Bocaranga en passant les villages Mokondji Wali, en allant jusqu'à Ngaoundaye, c'est le groupe de Sidiki, du rebelle camerounais, qui sévit dans cette localité appelé les « 3 R ». Ce ne sont pas des Séléka. C'est un groupe né en 2016. Ces hommes armés disent garder les troupeaux des éleveurs pendant cette période de transhumance et protéger ces troupeaux par rapport aux antibalakas alors que c'est faux.

Quand il y a un vol de troupeaux, dès qu'ils sont alertés, ils vont brûler le village. Ils tuent tout le monde et ça fait un exode. Les habitants fuient vers Bocaranga.

Du côté de Paoua, c'est à peu près le même scénario. Le RJ a connu une crise, son chef étant à Bangui, les hommes sont divisés. Le MPC de Alkatim de Séléka a récupéré le groupe. C'est là le désordre. Ils ont pris pratiquement tous les villages. Et ils règnent en maîtres dans plus d'une trentaine de villages.


Qu'en est-il de la Nana Mambéré ?

Dans la Nana Mabéré, Sidiki sévit également dans la commune délavage de Yem - Yelewa. Les antibalakas s'y opposent. De temps en temps, ces groupes armés s'affrontent et c'est la population qui paie les pots cassés.

Vous avez échangé avec les hommes armés. Quelle est leur position ?

Ces hommes armés se disent ouverts au Désarmement, Démobilisation et Réinsertion et Rapatriement ( DDRR). Mais sur le terrain, c'est une autre réalité. Ils constituent un danger pour la population.

Que faut-il faire ?

Nous avons demandé à ces groupes armés de s'organiser. S'en suivront les discutions pour le DDRR, dans le cas contraire, ça ne marchera pas.

Que faut-il faire urgemment pour favoriser la restauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire centrafricain ?

Le DDRR est urgent. La communauté internationale est en Centrafrique pour accompagner le gouvernement. Il faut accélérer ce processus car le peuple souffre beaucoup en province. Que les groupes armés cantonnent leurs éléments pour favoriser le démarrage du pré-DDRR. Pour l'instant, c'est très compliqué. C'est rare qu'il y ait un sous-préfet dans ces villes.

Il n'y a plus d'État. L'État ne se limite qu'à Bangui. Il faut réhabiliter les Forces Armées Centrafricaines pour favoriser le rétablissement de l'autorité de l'État sur toute l'étendue du territoire national. Aujourd'hui, beaucoup d'écoles ne fonctionnent pas à cause de l'insécurité. C'est un grand danger pour l'avenir du pays.

Propos recueillis par Paterson Fintia à Bangui