Zacharie Sohou: « les algues qui se déposent sur les côtes béninoises ne sont pas toxiques »

Depuis quelques semaines, des algues rougeâtres se déposent sur les côtes béninoises. Pour l'océanographe Zacharie Sohou, elles ne sont pas toxiques

bn itv algues d4990Docteur Zacharie Sohou

Qu'est ce qui explique le dépôt des algues sur nos côtes ?

Cela est dû aux aléas climatiques liés à l'élévation des températures au niveau de la mer, aux larges de la Floride. Ce qui détache les algues situées sur cette côte. Avec le phénomène de la variation de la direction des courants, ces algues se retrouvent sur nos côtes.
 
Nous pousserons loin les études pour comprendre davantage ce phénomène qui a cours depuis 2011. Certes, ces algues polluent nos côtes, mais elles peuvent être utiles. Ainsi, on peut les utiliser pour la production du biogaz. Il suffit d'installer les digesteurs pour les transformer et les utiliser comme source d'énergie pour électrifier la plage et la population.


Au lieu de les considérer comme une menace, peut-on les valoriser pour les utiliser comme des matières premières ?

Déjà, il est important de souligner que ce n'est pas toxique. Ils peuvent servir de nourriture au bétail. On peut les mettre dans la nourriture des poissons. Nous avons commencé des expériences à ce sujet. Des étudiants ont procédé à l'analyse de ces algues pour voir les différents types de protéines qu'elles contiennent.


Il y a quelques mois, votre institution était au cœur d'une alerte de marée haute. Finalement, il y a eu plus de peur que de mal. Qu'est-ce qui n'avait pas marché ?

En réalité, l'alerte ne devrait pas être faite. Au niveau du Bénin, nous avons un système d'alerte précoce qui fonctionne bien. Notre structure s'occupe du risque océanique. Il y a une équipe de prévision qui se réunit pour juger d'une alerte ou non.
 
En ce qui concerne l'alerte dont vous parlez, on n'a pas d'indices qui nous permettaient de prévoir ce phénomène en ce temps. C'est un phénomène répétitif. D'ici, le mois de juillet jusqu'au mois d'octobre, nous en connaitrons encore. Déjà, à partir de mi-juillet, il faut que les populations riveraines soient prêtes. Quand ça va arriver, c'est sûr qu'il y aura des déferlements.


Est-ce à dire que le phénomène de l'érosion côtière va s'accentuer les prochains mois ?

C'est clair, puisque c'est un phénomène cyclique. La période d'upwelling, c'est-à-dire la remontée d'eaux froides, est entre juillet-août. Ça peut aller jusqu'en septembre. Nous approchons cette période où le vent est trop fort, ce qui induit le mouvement de la houle et des vagues. Ces phénomènes vont impacter nos côtes. Quand la hauteur des vagues dépasse 1,5 ou 2 m, il y a déjà des problèmes.
 
Le déferlement devient plus fort, et ça doit prendre nécessairement du sable quelque part. L'idée des épis construits est bonne, sauf que le dimensionnement des épis ne peut pas arrêter complètement l'érosion côtière. Mais, ce qui est fait est déjà bien parce qu'on constate l'accrétion du sable du côté ouest de tous les épis. Il y a des travaux confortatifs qu'on doit encore faire.
 
Propos recueillis par Isac Yaï à Cotonou