RCA, Serge Yvon Lessene, préfet de la Haute-Kotto " les groupes armés sèment le chaos."

Serge Yvon Lessene, préfet par intérim de la Hautte-Kotto, revient sur la situation sécuritaire du département de sa responsabilité. Entretien.

rca sous prefet-bria 8bcd5Serge Yvon Lessene

Comment appréciez-vous aujourd'hui la situation sécuritaire dans la Haute-Kotto et plus précisément à Bria ?

La situation sécuritaire reste encore fragile dans la Haute-kotto et plus précisément à Bria. Des hommes en armes continuent de circuler sans être inquiétés. Et par rapport à cela, je peux vous dire que beaucoup reste encore à faire sur le plan sécuritaire.


Vous dites que beaucoup restent encore à faire. Que proposez-vous concrètement ?

Ce que nous proposons, c'est de garantir la sécurité de la population afin que les gens qui ont fui les violences depuis le 16 mai 2017 pour se réfugier sur les sites des déplacés puissent retourner chez eux. Donc, il faudrait encore renforcer la sécurité.

La fois passée, la Minusca avait décrété la ville de Bria « une ville sans armes », mais jusqu'aujourd'hui, les hommes en armes continuent de circuler avec leurs armes. Nous ne demandons pas le désarmement, mais il faudrait qu'il y ait la sécurité afin que la population puisse vaquer librement à ses occupations.


Il y avait entretemps une amélioration de la situation sécuritaire dans la ville de Bria. Mais comment expliquez-vous cette recrudescence de violence aujourd'hui ?

On ne peut pas maitriser la situation sécuritaire en tant que tel. Les gens ont leurs propres ambitions. Les gens détiennent encore des armes. Donc, il est un peu difficile de maitriser la sécurité.

Mais s'il y avait vraiment le désarmement, je crois qu'on aurait la sécurité à Bria. Mais vu que le processus du DDRR n'a pas encore commencé, et tant que les gens ont encore des armes en main, il n'y aura jamais de sécurité.

Combien de groupes armés sévissent à l'heure actuelle dans la localité ?

Il y a presque un mélange de tout. Comme vous le savez, il y a des groupes armés du FPRC, les peuhls, les auto-défenses aussi. Tous ces groupes mettent la ville dans une situation chaotique et critique. Il y a aussi les antibalakas qui de temps en temps opèrent et font des exactions contre la population. La situation est confuse.

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Vous avez regagné le site des déplacés de l'église catholique. Que craignez-vous ?


Je suis sans garde de corps, c'est la Munisca qui patrouille de temps en temps pour assurer la sécurité un peu dans la ville. Et nous ne cessons de leur demander de renforcer la sécurité dans la ville pour permettre à la population de circuler librement et de vaquer à ses occupations.


Comment est la situation humanitaire à Bria ?

La situation humanitaire est déplorable depuis les événements du 16 mai 2017. Vous avez même constaté que tous les habitants de la ville de Bria se trouvent sur les sites des déplacés dans une situation dramatique. Il y a six sites de déplacés dans la ville dont le plus grand est celui du PK3.

Il est vrai que les humanitaires ont fait un geste agréable mais, ceci est insuffisant dans la mesure où la distribution qui a été faite couvre seulement dix jours. Après les dix jours, les gens sont sans nourriture. Nous profitons de cette occasion pour faire un plaidoyer auprès des humanitaires afin d'aider la population et de lui permettre de survivre. Donc nous demandons à ce que les humanitaires puissent doubler d'efforts pour améliorer les distributions de nourriture.


Selon vous, est-ce-que les groupes armés sont près pour le processus du DDRR ?


Je ne peux pas vous dire s'ils sont près ou non pour le DDRR. Je sais seulement qu'à Bangui, il y a des discussions qui sont en train de se mener. Donc nous attentons toujours la suite.

On voit également certains groupes équipés de la même manière que la Minusca. Qu'en dites-vous ?

Je n'ai rien à dire, car vous avez vous-même constaté.


Aujourd'hui, toutes les écoles sont fermées. Quel message lancez-vous aux autorités de Bangui, au gouvernement centrafricain ?


Concernant l'éducation, l'inspecteur fondamental I est sur place à Bria. Avec ses collaborateurs, ils ont tenu une réunion ces derniers temps pour voir comment reprendre les cours parce que les enfants ne peuvent pas perdre cette année scolaire.

Mais, le seul problème est l'insécurité. Je pense que s'il y a la sécurité, les cours vont reprendre. Nous avons déjà élaboré des priorités que nous avons remises à la Minusca pour assurer la sécurité des établissements afin de permettre aux élèves de reprendre les cours.

Propos recueillis par Paterson Fintia envoyé spécial à Bria