Togo : Foly Satchivi, "Nous sommes menacés de mort, d'exclusion sur le campus."

Après 14 jours en prison, le président de la Ligue Togolaise des Droits
des Etudiants s'exprime pour la première fois. Il reste déterminé.

Les manifestations de la Ligue Togolaise des Droits des Etudiants vous ont coûté très cher, ainsi que certains de vos camarades. Après une condamnation à un an de prison avec sursis, quel est votre état esprit ?

Je me sens digne d'avoir accompli un devoir envers le peuple togolais. Un devoir d'avoir dit ouvertement ce que les gens n'osent pas dire ouvertement. Notre lutte nous a coûté beaucoup d'agressions physiques, des tentatives d'éliminations, des menaces d'intimidations sur nos parents, nos proches et des arrestations. J'avais été arrêté le 29 novembre dernier, et détenu au commissariat central puis libéré après.
 
Togo Satchivi de la LTDE Fotor 089f7

J'ai été interpellé encore au moins deux fois et gardé au commissariat central pour les mêmes luttes. Tout dernièrement, j'ai été emprisonné pendant 14 jours à la prison civile de Lomé. A la fin, j'ai été libéré après un procès simulacre, mais je vous dis que, je ne suis pas libre de mes mouvements. Je suis emprisonné dans ma chaire, puisque je ne suis pas libre de faire ce que je faisais.

14 jours à la prison. Parlez-nous des conditions carcérales.

J'ai passé 14 jours dans une souffrance totale, dans des conditions inhumaines, cruelles et dégradantes. Arrivés à la prison, on nous avait mis tout d'abord dans un bâtiment qui contenait 62 personnes. Nous étions obligés de dormir assis les pieds joints. Le jour suivant, on nous avait sorti de là après nous être plaints. Nous sommes amenés dans un autre bâtiment qui contenait 40 prisonniers et là, nous avons eu la chance de dormir. Nous étions en train de dormir quand autour de 22 h, le régisseur de la prison est venu frapper à la
porte pour m'appeler. « Mr. Satchivi, le premier ministre vient d'appeler pour dire que, tu commandites tous les mouvements depuis la prison. Pour cela, le PM (premier ministre, NDLR) a demandé qu'on puise t'isoler des autres prisonniers et en plus te priver de téléphone. »

Ils m'ont pris directement pour m'amener dans une cellule. J'ai passé une journée. Après je suis tombé malade et on m'a évacué sur le CHU Tokoin au Cabano. Là, on m'a fait coucher à côté d'un malade qui avait des plaies sur tout son corps et à côté, il y avait un autre qui souffrait d'épilepsie. Ce n'est que quand le Col. Adom est venu à moi qu'on m'a changé de place. Mais laquelle ? Un lit sans matelas.

Vous dénoncez un traitement inhumain?

Je ne dénonce pas seulement un traitement inhumain, mais une torture à la fois psychologique et physique. De la Cabano, je suis retourné à la prison dans le bâtiment de 62 prisonniers, avant de m'amener au finish dans la cellule du chef de prison.

Après cette expérience à la prison, c'est votre chambre qui a pris feu récemment. Est-ce un accident ou un acte criminel ?

Après ma libération, les camarades de la LTDE sont menacés et je précise que, ce sont les autorités togolaises, le gouvernement dirigé par Faure Gnassingbé et la présidence de l'université du professeur Kokoroko qui sont les auteurs des menaces. Nous sommes menacés de mort, d'exclusion sur le campus. Nous subissons des arrestations. Je vous informe que, quatre membres de la LTDE ont été arrêtés la dernière fois, suite à la conférence publique qui devait avoir lieu à l'Amphi 600. Parmi les arrêtés, deux sont à l'hôpital. Et plusieurs d'entre nous n'arrivent plus à dormir chez eux.

Personnellement, j'étais dans la chambre le mercredi dernier après que je me suis couché à 23 h. A un moment, j'ai constaté qu'il y'avait des flammes à mes pieds. J'ai sauté du lit. Tout dans la chambre était en feu et la porte en train d'être consumée par le feu.

Je me débattais, afin de sortir pour réveiller les voisins, mais les efforts étaient vains. Je ne pouvais aller vers la porte sans mettre les pieds dans le feu. Finalement, j'ai cogné la porte, en la fracassant avec mes dernières forces. Je suis sorti de la chambre, en criant et les voisins sont sortis pour venir éteindre le feu.

Un accident ou un acte criminel ?

Un acte très criminel, parce que, le même jour, nous avons reçu des menaces de la part des autorités. Le président de l'Université a appelé mon protocole pour lui dire que, à 3 h, ils viendront le chercher à la maison. Dans ce sens, qui allons-nous prendre pour l'auteur ? Ceux-là mêmes qui au nom de la demande des droits des étudiants m'ont fait arrêter pendant 14 jours. Ceux-là qui disent aux Togolais que, je ne me suis pas inscrit et m'interdisent l'accès à la salle d'examen. Qui pourrais-je accuser si ce n'est pas eux ?
 
Togo Université de Lomé Fotor e60e1
 
La présidence de l'université dit que vous n'êtes pas inscrit. Vrai ou faux ?

Je me suis inscrit à l'université un 16 décembre 2016. C'est le 14 décembre que je suis parti faire mon inscription pédagogique en ligne. J'ai tiré ma fiche des UE, je suis parti remettre le même jour et c'est bien signé par le sieur Evenamé Amenoububu. Après l'avoir signé, je suis parti le 16 décembre payer à la poste qui m'a délivré un reçu que j'aie actuellement.

Ma fiche des UE est cachetée par la poste. J'ai remis ma fiche des UE à la direction des affaires académiques et de la scolarité (DAAS). J'ai la vignette sur ma carte d'étudiant. Et moi je voudrais savoir que reste-t-il à faire pour qu'on dise finalement que je me suis inscrit ?