Tunisie : les Tunisiennes épouseront des non-musulmans!

La levée de l'interdiction est un pas en avant pour la consécration de la liberté individuelle et du droit de choix du conjoint.

Depuis des années, la circulaire de 1973 obligeant les Tunisiennes musulmanes à se marier avec un musulman, ne cesse de susciter des controverses au sein de la société tunisienne. Plusieurs associations et ONG se sont battues pour que cette circulaire soit annulée. Le mercredi 13 septembre 2017, le ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, annonce l'annulation de tous les textes de loi qui concernent la circulaire 1973 relative à l'interdiction du mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans, qu'à la condition de la présentation d'un justificatif attestant que le mari s'est converti à l'Islam. Une décision qui intervient après l'appel du président tunisien Béji Caid Essebsi à l'occasion de la fête de la femme, d'abroger cette circulaire.
 
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Entretien avec Amina Thabet, présidente de l'Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM).
A.A : Que pensez-vous aujourd'hui de l'annulation de tous les textes relatifs à l'interdiction du mariage d'une femme tunisienne à un non musulman ?
Depuis belle lurette, nous avons dénoncé cette inégalité homme/femme devant la loi, une inégalité contraire aux droits de l'homme, la liberté individuelle est un droit acquis et inscrit dans la constitution tunisienne, comment accepter le fait qu'une femme tunisienne musulmane ne puisse se marier qu'avec un homme musulman ou converti à l'islam, alors que les hommes ont la liberté de choisir leurs conjointes sans considération de religion.
 
A.A : Mais cette circulaire de 1973 restait contraire au code de statut personnel adopté en 1956 sous le président Habib Bourguiba ?
Réponse : Il est vrai que le code du statut personnel de 1956 ne prévoit aucun empêchement explicite du mariage sur des bases religieuses, de cultes et de croyances, mais il a fallu que cette circulaire voit le jour en 1973, pour que tout balance. Même si le mariage est célébré à l'étranger, il ne pourra pas être enregistré en Tunisie, sans la conversion du mari.
 
A.A : Votre combat a été de longue haleine ?
Réponse : Evidemment, nous nous sommes battues pour l'annulation de cette loi, déjà en 2016, et en marge de la fête de la Femme (célébrée en Tunisie chaque année le 13 Aout), notre association a organisé une conférence de presse pour dénoncer cette circulaire. Nous avons à maintes reprises reproché la prédominance de la religion dans les lois relatives aux droits des femmes. Au cours de cette conférence, il y a eu plusieurs témoignages de Tunisiennes et de leurs familles qui ont été privées de leur droit fondamental à la sécurité juridique. Plusieurs tunisiennes se sont retrouvées dan s des situations d'illégalité lorsqu'elles épousent des non musulmans. Une situation qui a des répercussions négatives sur leurs enfants, ces derniers ne sont pas reconnus par le droit tunisien du fait de cette fameuse circulaire.
 
A.A : Mais la mobilisation a été généralisée ?
Il est aujourd'hui inadmissible qu'une simple circulaire, de valeur juridique quasiment nulle décide de la vie de milliers de personnes, d'ailleurs, un collectif composé d'une soixantaine d'associations tunisiennes a lancé le lundi 27 mars 2017 une mobilisation en vue d'obtenir le droit, pour les Tunisiennes musulmanes, d'épouser un non musulman. Ils ont rédigé un texte, dans lequel ils remettent en cause le droit fondamental pour tout être humain de choisir librement son conjoint, outre une plainte déposée auprès du Tribunal administratif pour faire annuler la circulaire.
 
A.A : Et puis il y a eu le 13 Août 2017 ? Que ressentez-vous aujourd'hui ?
Effectivement, le président tunisien Béji Caid Essebsi avait appelé lors de la fête de la femme à l'annulation de la circulaire de 1973, dans son discours, il a prôné la consécration effective des libertés individuelles et de l'égalité entre les genres, « l'égalité homme-femme n'est pas incompatible avec l'Islam ». Béji Caid Essebsi a même cité l'exemple de jeunes tunisiennes qui partent étudier à l'étranger : « Nos filles partent à l'étranger pour terminer leurs études, il arrive qu'elles épousent des étrangers non musulmans. Cette circulaire est devenue caduque, elle met en cause la liberté de la femme dans le choix de son conjoint.
 
Votre message à la femme tunisienne...
Je félicite la femme tunisienne pour cette consécration, c'est une victoire, un triomphe pour la femme tunisienne, dorénavant elle aura le droit de choisir la personne avec qui elle veut partager sa vie et aucune loi ne doit l'en empêcher sous un prétexte religieux.