Aimé Gogué: "le Togolais ne veut pas d'un président qui s'éternise au pouvoir"

L'opposant Aimé Gogué, président national de l'Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral, revient sur la crise socio-politique au Togo.

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La situation socio-politique togolaise est tendue ces derniers temps. L'opposition reste ferme : rien que le retour à la Constitution de 1992 et le vote de la diaspora

C'est vrai. Depuis l'accord politique global (APG) de 2006, il était convenu entre les parties, pouvoir, opposition et société civile, que nous ayons une réforme politique portant sur différents points dont nécessairement la Constitution et la révision du cadre électoral.

Mais, depuis 2006, rien n'a été fait. Et depuis, nous revendiquons. Vous avez suivi depuis l'assemblée nationale, il y a eu trois propositions de loi portant modification de la Constitution.

Malheureusement ces trois projets de proposition de loi n'ont pas donné les résultats que nous visons. La population est toujours en attente de voir des réformes politiques.


Quelle explication donnez-vous à la sortie médiatique de l'ex président de l'assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba affirmant que, la Constitution de 1992 a des points imparfaits ?

C'est normal, c'est une œuvre humaine. Mais il faut savoir que compte tenu de l'environnement politique du Togo, c'est vrai qu'il y ait certaines imperfections. C'est rare dans un pays qu'une constitution, soit parfaite. Elle est le fruit d'un marchandage, de consensus par les citoyens. Donc, c'est normal qu'il puisse avoir des imperfections, mais il ne faut pas que ce soit seul un petit groupe de la population qui dicte sa volonté.

Je vous ai dit que, cette Constitution a été votée à plus de 97 % de la population avec un taux de participation de 74 % . A partir de là, cette Constitution bénéficie largement d'un consensus, mais il y a des perfections à faire. Pas avec un petit groupe, mais l'ensemble des acteurs y compris la population, ce que nous avons suggéré depuis plusieurs années en tenant compte des propositions de lois et compte tenu des déclarations par le passé.

Nous savons que la Constitution de 1992 peut avoir des imperfections, mais disons qu'actuellement la population est focalisée sur certains points précis notamment la durée du mandat, le mode de scrutin. Il y a aussi le cadre qu'il faut voir, les institutions qui sont impliquées dans les élections, notamment la HAAC (NDLR, Haute autorité de laudiovisuel et de la communication), la Cour Constitutionnelle, la CENI (NDLR, commission electorale nationale independante).


Vous reconnaissez implicitement l'imperfection de cette Constitution, la proposition contenue dans l'avant-projet du gouvernement est assez importante pour que l'opposition et le pouvoir puissent aussi s'entendre autour de l'essentiel

Pourquoi on ne peut pas s'entendre sur l'essentiel ? Pourquoi on ne peut pas faire rapidement pour aboutir à l'essentiel ? Reconnaissez quand même que Faure est au pouvoir depuis 2005. Nous sommes en 2017, les Togolais ne veulent pas un président qui s'éternise au pouvoir. On l'a exprimé à plusieurs reprises.


Justement ne faut-il pas le renvoyer par les urnes ?

Il faut le renvoyer par les urnes, mais il faut que la Constitution soit précise à ce niveau. La CENI, la cour constitutionnelle et la HAAC que nous avons actuellement, ne donnent pas les garanties d'une élection transparente. Voilà pourquoi nous demandons des réformes profondes.


Et pourtant le gouvernement appelle au référendum ?

Le gouvernement appelle au référendum, mais vous savez comment on est arrivé au référendum quand il s'agit de la Constitution de 1992.

Lorsqu'on veut une Constitution, c'est pour que les citoyens du pays y vivent mieux ensemble, qu'il y ait une harmonie dans la population.

Un petit groupuscule de personnes ne peut pas se lever et proposer une loi. L'opposition a proposé des amendements qui ne sont pas pris en compte, mais c'est totalement inadmissible dans un système où le parlement existe.

Même à la maison, si un des enfants vous amène une idée, vous ne devez pas le renvoyer du revers de la main. On doit regarder les amendements, même si après discussion, ce n'est pas bon. C'est mieux, mais dire que, vous n'en discutez pas, ce n'est pas bon. On a amené des amendements. On devait en discuter, ce n'est pas parce qu'ils ont des forces derrière, qu'ils doivent se comporter de la sorte. Ce n'est pas une bonne manière d'améliorer le vivre ensemble au Togo. Le référendum auquel le parti au pouvoir appelle va plus diviser les Togolais que de les unir, à l'image de celui de 1992.


Qu'allez-vous faire à présent ?

Nous restons constants dans nos revendications. Nous disons que nous voulons le retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle, la révision du cadre électoral, le déverrouillage des institutions, le vote de la diaspora, et la libération des détenus politiques, notamment du Dr SAMA, sg du PNP et de ses codétenus.


Vous comptez sur la rue finalement ?

Bien sûr que Oui. Nous espérons que le gouvernement va entendre raison au lieu de miser sur la démobilisation de la rue. Evidemment, la population sera fatiguée. Soit elle est démobilisée et choisit de rester chez elle, soit elle va être découragée mais vous savez que lorsque vous poussez un adversaire dans ces derniers retranchements et c'est ce que fait le gouvernement. Il joue un rôle très dangereux, car s'il exaspère les populations,. Nous ne savons à quoi nous attendre.


Si un référendum est convoqué, qu'allez-vous faire ? Un boycott ?

Nous espérons qu'il n'ira pas jusque-là. Nous espérons que, le gouvernement aura la clairvoyance de vouloir un Togo apaisé.

Propos recueillis par Lambert Atisso à Lomé