Dr William Kouessan: personne ne veut d'un référendum au Togo !

Dr William Kouessan, président du parti Santé du Peuple revient sur la crise politique au Togo. Il dresse, après deux mois de manifestations, un bilan satisfaisant.

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Depuis deux mois, la coalition manifeste dans les rues de Lomé. Pour quels résultats acquis au final ? L'opposition est-elle satisfaite ?

Bien sûr que l'opposition est satisfaite des résultats engrangés. D'abord avec les manifestations, nous avons fait connaître en interne età l'international, le régime qui nous régente depuis des années ; ce que ce régime fait ; la manière dont nous sommes gouvernés avec force. Tout cela fait que la communauté internationale est sensible.

Vous avez vu toutes les manifestations de la diaspora tant africaine qu'occidentale. Partout dans le monde, les Togolais se sont levés pour dire, nous ne sommes pas d'accord avec la manière qu'on nous gouverne. Nous sommes dans une République et non une monarchie. Voilà notre premier résultat.

La deuxième chose, c'est que nous avons, de toutes les façons, secoué le régime. Il y a des signes qui montrent que le régime a été sérieusement secoué. Je peux vous citer quelques signes. C'est depuis 11 ans que nous avons signé l'accord politique. Il y a un projet qui est allé à l'assemblée nationale, mais a été rejeté. Mais, avec les manifestations, le gouvernement a, dans la précipitation, envoyé un projet. Ce projet n'est, certes, pas conforme à ce qu'exige notre plateforme revendicative, mais, il y a quand même une action qui est faite. Elle montre aux yeux de tous que le régime est fébrile.

Autre signe, avec la sortie des milices pour faire face aux manifestants de l'opposition au lieu des forces de la sécurité, c'est qu'il y a un problème, et cela montre que le gouvernement n'est pas serein. Ce qui montre aussi la fébrilité du régime, c'est l'interdiction les jours ouvrables, des manifestations de l'opposition. Ce sont des signes de la fébrilité du régime.

Vous avez vu des sommets qui sont annulés. Le sommet Israélo-Afrique est annulé sans oublier le sommet de la francophonie. Tout cela montre qu'aujourd'hui, les manifestations que nous faisons, ont des résultats.


Quelle est la pomme de discorde entre l'opposition et le pouvoir ?

Nous avons une plateforme revendicative qui est claire: le retour à la Constitution de 1992 et autour de cela, il y a la réforme du cadre électoral, des institutions, la libération des prisonniers, etc.


Et le départ immédiat du président Faure Gnassingbé ?

Nous disons que, nous voulons le retour de la Constitution de 1992. Maintenant, quand il y aura le retour réellement, il appartiendra aux juristes de dire si le chef de l'Etat peut encore se présenter ou non. Il y a une constitution qui a été votée par le peuple avec un taux de participation de 97 %. Nous demandons tout simplement qu'elle soit remise à sa place. Et, ses implications, ce sont les juristes qui vont éclairer.

Mais nous avons entendu l'opposition exiger le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir dans l'immédiat. Est-ce une demande de trop ?

Je vous disais que, nous n'avons pas demandé le départ de Faure Gnassingbé, nous demandons le retour de la constitution avec ses implications. Si ses implications disent que le chef de l'Etat doit partir, c'est un autre débat.

Au sujet de la constitution de 1992, en 2015, elle est en vigueur et le CAP 2015 dont vous étiez membre a participé à la présidentielle d'avril 2015 sans ramener le bout de la phrase « en aucun cas, nulle ne peut faire plus de deux mandats ». Pourquoi ?

J'étais membre du CAP 2015 à la dernière présidentielle avec Jean-Pierre Fabre, comme candidat du CAP2015. Effectivement, nous n'avions pas posé ce préalable avant de participer à cette élection. Mais je peux vous dire tout simplement qu'aujourd'hui, c'est le peuple qui réclame le retour de la Constitution de 1992.

Vous savez que l'opposition a toujours parlé des réformes constitutionnelles et institutionnelles avec notamment la limitation de mandat, mais, depuis le 19 août dernier, le peuple réclame le retour de la Constitution de 1992.

On aurait pu faire ses réformes depuis des années. Aujourd'hui, le peuple est fatigué, il dit qu'il ne veut plus les réformes, mais qu'il veut sa constitution de 1992. Nous autres, nous ne faisons que porter en tant leaders de l'opposition


Si le climat politique actuel reste tendu, c'est en partie par rapport au PNP et à son président qui ont défié les autorités. 

Je reconnais humblement que le PNP a pu poser des actes que nous autres partis politiques n'avons pas posé jusqu'au 19 août dernier. Bien sûr qu'avant le 19 août, il y aussi des gens qui s'étaient levés, je veux parler des années 90, et qui ont obtenu beaucoup de choses.

Je reconnais que cette capacité et détermination de mobilisation de Tikpi Atchadam du PNP a apporté des changements substantiels dans le paysage politique et dans la manière de l'aborder.

Elle a permis à l'opposition de se réunir, car à un moment donné, on avait l'impression que tout stagnait et on rentrait dans une impasse politique. Mais avec la sortie du PNP, je crois les débats sont relancés et nous ne pouvons que lui reconnaître cela.

Aujourd'hui, nous sommes mobilisés derrière ses revendications.


Cette union au sein de l'opposition, va-t-elle durer longtemps ?

Mais, jusqu'à ce que nous obtenions le retour de la Constitution de 1992.

En êtes-vous si sûr ?

Nous avons fait une union pour réclamer quelque chose. Nous n'avons pas le droit de ne pas en être sûrs. Nous avons créé une coalition dans un objectif donné. Ce qui nous importe, c'est de savoir que, nous allons atteindre l'objectif. Nous y croyons.

Le pouvoir veut aller au référendum et, au même moment, prône le dialogue. L'opposition est-elle prête à aller au référendum ou sera-t-elle favorable au dialogue ?

Je pense que le pouvoir sait qu'il ne peut pas faire le référendum. Aujourd'hui, dire qu'on va faire le référendum, c'est amener le pays dans le gouffre. ¨Personne ne veut ce référendum. Un référendum, c'est une élection et vous savez ce que c'est les élections au Togo avec les organes en charge de l'organisation des élections, de régler le contentieux électoral que nous avons.

Il y a le fichier électoral qu'il faut revoir. Vous voulez qu'on aille au référendum avec des institutions pas sûres ?

Il n'est pas possible à ce jour de penser au référendum et nous pensons que le pouvoir a pris la mesure de la chose. Car, ces deux jours, on en parle de moins en moins. Cette voie n'est pas la solution aux problèmes. C'est vrai qu'avec la Cédeao, il y a cette question de fixer la date du référendum, mais je pense que, les chefs d'Etats de la Cédeao doivent arriver à un moment à comprendre que, ce n'est pas la solution aux problèmes togolais.

Il peut y avoir des préalables au dialogue, mais aucun ne peut être fermé au dialogue. Aujourd'hui, si on appelle l'opposition à participer au dialogue, pourquoi pas ? Nous allons y participer. Mais nous savons que, nous avons une plateforme revendicative à laquelle nous attachons du prix, tout simplement, parce que notre peuple y attache son cœur.